Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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régime  était  absolument  féodal.  L’Empereur  conservait  le  domaine  direct,
le  colon  avait  le  domaine  utile,  c’est-à-dire  un  fief  perpétuel  et  irrévocable. ­
  Le  Gonfinaire  ne  recevait  de  paye  qu’en  temps  de  guerre  ou  de
corvée.
Le  matin,  on  voyait  les  habitants  des  villages  partir,  divisés  en  deux
bandes  :  les  uns,  sac  au  dos  et  fusil  en  bandoulière,  s’en  allaient  à  la  frontière; ­
  les  autres,  également  en  uniforme,  mais  la  bêche  ou  le  râteau  sur
l’épaule,  allaient  travailler  aux  champs,  qu’ils  cultivaient  en  commun.  Le
Gonfinaire  devait  à  l’État  une  semaine  sur  trois.  Il  se  rendait,  avec  sa  provision ­
  de  vivres,  à  son  corps  de  garde,  à  sa  czadak,  espèce  de  cabane  en
planches  souvent  haut  perchée  sur  pilotis.  A  l’époque  des  crues  de  la  Save,
il  était  comme  enfermé  dans  cet  observatoire.  En  hiver,  les  grand’gardes,

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Un  czadak.

le  long  des  collines  ou  sur  les  plateaux  couverts  de  neige,  étaient  fort
pénibles.  Mais  le  Confinaire  ne  se  plaignait  pas;  cette  vie  agricole  et  guerrière ­
  avait  pour  lui  sa  poésie.
L’ennemi  s’avançait-il  à  la  faveur  de  la  nuit,  il  allumait  un  petit  baril
de  résine  fixé  au  bout  d’une  perche,  et,  à  ce  signal,  toute  la  frontière  s’entourait ­
  d’un  cordon  de  feu.
Dès  l’âge  de  vingt  ans,  tout  homme  né  dans  la  zone  militaire  était  soldat
pour  la  vie.  Le  père  ne  pouvait  pas,  sans  l’autorisation  du  colonel,  faire
apprendre  un  métier  a  son  fils.  Ses  filles  étaient  déshéritées  de  droit  quand
elles  ne  devenaient  pas  femmes  de  soldats.  Il  n’était  pas  rare  de  les  voir
prendre  le  mousquet  pour  se  rendre  sur  la  frontière  turque  et  y  faire  leurs
jours  de  garde  à  la  place  de  leur  mari.
Au  lieu  d’être  partagé  en  cercles  ou  districts,  le  pays  était  divisé  en
régiments  ou  communes  militaires;  le  colonel  placé  à  la  tête  de  l’état-
            
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