Full text : Le problème de la marine marchande

176  LE  PROBLÈME  DE  LA  MARINE  MARCHANDE.
mesure  serait  d’assurer,  pour  une  longue  durée,  l’avenir  du
port  de  Rouen  dans  les  limites  d’un  périmètre  qui  ne  saurait
être  constamment  agrandi.  A  disséminer  indéfiniment,  en
effet,  le  long  du  fleuve  les  moyens  d’action  du  port,  on  aboutirait ­
  à  ce  résultat  peu  souhaitable  de  faire  perdre  aux  intéressés ­
  un  temps  précieux  et  beaucoup  d’argent  pour  la
manutention  des  navires  en  déchargement.
Somme  toute,  le  port  de  Rouen  est  en  très  bonne  voie  ;
je  n’en  puis  dire  autant  de  son  industrie  de  constructions
maritimes.  J’avais  vu  à  Nantes  des  chantiers  actifs,  prospères, ­
  débordant  de  travail  et  de  vie.  Rouen  me  réservait  le
douloureux  contraste  d’une  entreprise  en  pleine  débâcle.
L’agonie  d’une  industrie  est  aussi  poignante  que  celle  d’un
être  humain,  et  rien  ne  me  paraît  plus  triste  que  le  spectacle
d’une  usine  à  la  dérive,  en  proie  au  papier  timbré  et  aux
hommes  d’affaires  —  d’un  chantier  où  l’ouvrier  qui  travaille
encore  se  demande  s’il  ne  sera  pas  forcé  de  chômer  le  lendemain. ­
  C’est  dans  cette  situation  précaire  que  j’ai  trouvé  «  les
Chantiers  de  Normandie  »  ;  le  souvenir  mélancolique  m’est
resté  du  désordre  qui  y  régnait,  des  plaques  de  tôle  traînant
partout,  des  riveuses  pneumatiques  —  outils  coûteux  et  délicats ­
  —  gisant  dans  la  boue,  des  fourneaux  éteints  et  des
immenses  ateliers  presque  vides  —  de  tout  cet  aspect  désolé
que  prend  un  vaste  organisme  industriel  arrêté  en  pleine
production,  en  pleine  vie  —  et  qui  se  fige  peu  à  peu  dans
l’immobilité  de  la  mort.
Les  Chantiers  de  Normandie,  créés  au  lendemain  de  la
loi  de  i8g3  au  moyen  de  capitaux  en  grande  partie  rouennais,
  ont  vu  deux  directions  se  succéder  à  leur  tête;  l’une,
française,  celle  de  M.  Laporte  ;  l’autre,  anglaise,  celle  de
M.  Wilkinson  ;  ni  l’une  ni  l’autre  n’ont  réussi.  Au  moment
où  je  le  visitai,  l’établissement  était  aux  mains  du  liquidateur ­
  judiciaire.
            
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