202 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
complet . « On m\i reçu à peu pi'ès partout comme ai f allais
demander de Vargent », déclara mélancoliquement le confé
rencier désabusé. Il faut bien avouer, en effet, que la majeure
partie du public français réserve sa confiance à ceux qui ii’ont
souci que de l’exploiter : il est vrai que ceux-là clament bien
haut à tout propos, et hors de propos, leur absolu désinté
ressement. Nos habitudes sont telles sur ce point qu’il semble
inadmissible à la plupart des gens, non certes qu’on puisse
être guidé par le seul amour du bien public, mais qu’on ne
le crie pas sur les toits : l’idée ne venait même pas aux audi
teurs de notre missionnaire de profiter des renseignements
(ju’il leur fournissait avec obligeance. Du moment qu’il
s’agissait d’un effort à accomplir, d’une tentative directe,
personnelle, ce n’était plus sérieux !
Une telle apathie devient mortelle quand il faut lutter
contre des concurrents habiles, ardents, toujours en quête
de nouveaux clients et sachant se plier à leurs caprices ou à
leurs gonts. Nos procédés commerciaux surannés ne répon
dent plus aux exigences nouvelles de la lutte économique
(pii met aux prises les nations de l’ancien et du nouveau
continent.
M. Paul Cambon, en racontant ces choses, ne se montrait
cependant pas pessimiste. Sa foi dans les destinées de la
patrie demeure entière et c’est avec une satisfaction marquée
qu’il constatait, au cours de notre entrevue, l’élan qui, de
puis quelques années, se manifeste parmi nos industriels et
nos commerçants pour regagner le terrain perdu. Il louait,
en particulier, l’activité de la Chambre de commerce fran
çaise de Londres et de ceux de nos compatriotes qui vien
nent chercher un débouché à leurs produits sur le marché
anglais.
Longuement, nous causâmes de la marine marchande, de
son importance, de son rôle, des vices de son organisation