Full text : Le problème de la marine marchande

2i4  LE  PROBLÈME  DE  LA  MARINE  MARCHANDE.
qui  existent  dans  la  flotte  de  commerce  britannique,  le  maintien ­
  du  système  de  racolage,  la  retenue  des  salaires  pendant ­
  les  voyages,  la  mauvaise  nourriture  fournie  aux  équipages, ­
  éloignent  de  cette  dure  profession  nombre  d’Anglais,
qui  trouvent  dans  l’industrie  un  travail  moins  pénible  et
mieux  rémunéré.  Le  Gouvernement  et  le  Parlement  s’efforcent, ­
  par  une  série  de  mesures  appropriées  ('),  d’enrayer  la
désaffection  qui  se  produit  dans  les  populations  maritimes
à  l’égard  de  la  profession  de  matelot  :  elle  n’en  est  pas  moins
croissante  !
Mais  les  marins  anglais  défaillants  peuvent  être  remplacés
par  des  matelots  étrangers  ;  l’abaissement  du  fret  n’aura
qu’un  temps.  Ce  qui  est  inquiétant  et  grave,  ce  qui  hante
surtout  l’esprit  des  armateurs  du  Royaume-Uni,  c’est  la
concurrence  terrible  qu’ils  pressentent  de  l’autre  côté  de
l’Atlantique.  Dans  le  même  discours  où  il  se  félicitait  des
services  rendus  par  l’armement  britannique,  le  Right  Hon.
W.  J.  Pirrie  prenait  grand  soin  de  rappeler  à  ses  auditeurs
les  efforts  faits  par  les  États-Unis  pour  protéger  et  développer ­
  leur  marine  marchande  !
C’est  le  point  noir  de  la  puissance  maritime  anglaise.
Toute  une  flotte  se  construit  en  Amérique  qui  viendra  bientôt ­
  disputer  au  pavillon  britannique  les  frets  et  les  marchés  ;
aux  chantiers  des  Grands  lacs,  se  trouvent  en  construction

(t)  Un  exemple  récent  et  curieux  montre  que  les  pouvoirs  publics  se  préoccupent  de
donner  aux  marins  non  seulement  les  améliorations  matérielles,  mais  encore  les  satisfactions ­
  morales  qu’ils  peuvent  souhaiter.
Les  marins  appartenant  soit  à  la  marine  royale,  soit  à  la  marine  de  commerce,  soit
aux  pèches,  avaient  fait  remarquer  aux  pouvoirs  publics  que,  par  suite  de  leurs  occupations ­
  professionnelles,  ils  pouvaient  rarement  exercer  leur  droit  d’électeurs.
Une  proposition  de  loi  a  été,  pour  leur  donner  satisfaction,  déposée  à  la  Chambre
des  communes  qui  l’a  adoptée.  Cette  proposition  décide  que  tout  marin  électeur  (le
suffrage  universel  n’existe  pas  comme  l’on  sait  en  Angleterre)  pourra,  avant  de  prendre
la  mer,  déposer  son  vote  dans  une  enveloppe  cachetée  en  présence  de  certaines  j)ersonnes
  spécifiées  dans  la  loi,  qui  attesteront  l’authenticité  de  ce  document  et  le  déposeront ­
  dans  l’urne  pour  le  votant.  La  loi  comporte,  en  outre,  certaines  autres  garanties
nécessaires  pour  déjouer  toutes  les  supercheries  possibles.
            
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