LES CII.VNTIEIIS DE LA CLYDE.
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tourbillon du commerce universel, et le bruit strident des
sirènes, le heurt incessant des marteaux frappant à cou])s
précipités les tôles et les barres d’acier que l’industrie trans
forme en coques de bâtiment, en chaudières ou en mille
machines diverses, résonnent du matin an soir dans ses i-ucs
populeuses.
L’histoire de cette prodigieuse transformation économique
tient dans un mot : la houille, et dans un dicton qu’on ne
manque point d’apprendre au voyageur, si d’aventure il
l’iguore : Glasgow has made the Clyde and the Clyde has
made Glasgow.
La houille, il a suffi de gratter le sol, voisin, du Lanark
shire pour l’y trouver en énormes filons ; par elle, par le mi
nerai de fer, non moins abondant, a jailli la vie industrielle.
Sur maintes ondulations de la terre écossaise que couron
naient jadis des bois de chênes ou de pins, s’érigent main
tenant de colossales exploitations minières ou sidérurgiques.
Le charbon et l’acier qui en sortent vont apporter aux cen
taines d’usines des bords de la Clyde l’aliment nécessaire à
leur activité. Les vertes prairies où les héros de Walter
Scott accomplissaient leurs légendaires exploits sont aujonr-
d’hui hérissées de cheminées ; mais, chose singulière, ceci
n’a pas tué cela. Dès l’usine passée, le paysage écossais re
prend son aspect riant et tranquille, les troupeaux paissent
dans les pâturages gazonneux et la semaille du blé com
mence à lever dans les sillons gras de cette terre superbe
ment fertile, jusqu’au moment où l’usine vient la stériliser à
nouveau, en déversant dans le vallon, à jamais perdu pour
le laboureur, ses scories, ses cokes et ses laves fumeuses.
Quant à la Clyde, deux siècles d’efforts ont définitivement
changé son aspect : par elle, au prix d’une transformation
du sol presque sans exemple dans le continent européen,
Glasgow s’est glorieusement ouvert le chemin des océans.