PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Pour calmer cette exultation il suffit de remarquer que les
machines ne sont que d’un très faible secours pour la satis-
faction des deux besoins primordiaux de toute société
humaine : l’alimentation et le logement.
On compte en France moins de 200.000 chevaux-vapeur
employés dans l’agriculture, soit pas même 1,50 p. 0/0 du chiffre
total. Ce lent développement du machinisme dans l’industrie
nourricière est-il dû seulement, comme on le croit, à l’esprit
routinier des populations agricoles ou ne serait-il pas dû
plutôt à la nature même de la production agricole ? C'est
cette dernière explication qui nous parait être la vérité. La
terre est le laboratoire de la vie, et la vie a ses lois de déve-
loppement qui lui sont propres (voir ci-dessus, p. 88). D’ail-
leurs la plupart des machines employées dans l’agriculture
n’ont d’autre but que d’économiser la main-d’œuvre ou
d’accélérer le travail, mais non d’augmenter la quantité des
produits. La machine à battre le blé ou à tondre les moutons,
pas plus que celle à casser le sucre, pas plus que celles qui, à
Chicago, transforment instantanément un porc en saucisses,
n’ajoutent un atome à la somme de nos richesses, au stock
de blé, de laine, de sucre, de viande. Pourtant les machines
pour le défoncement ou l'irrigation peuvent accroître en pro-
fondeur et en fertilité le terrain utilisable.
En ce qui concerne la construction des maisons, les
machines ne s’emploient guère, si ce n’est pour la taille des
pierres ou certaines constructions exceptionnelles.
C’est donc dans un domaine plus restreint qu’on ne pense
— dans la fabrication et le transport seulement — que l’utili-
sation des forces naturelles a donné tout ce qu’on pouvait en
attendre en fait d’abondance et de bon marché. Il est vrai
que les progrès mécaniques dans le transport agissent indi-
rectement sur l’alimentation et le logement en facilitant
l'importation des produits agricoles, des engrais et des maté-
riaux de construction.
Mais voici un autre aspect de la question.
S'il est vrai qu’un cheval-vapeur fasse le travail de
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