Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

FRANCE,  ANGLETERRE  ET  RUSSIE.

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daignera  m’excuser  si  je  lui  dis  que  c’est  à  l’homme  généreux ­
  et  fort  à  ménager  l’homme  malade  et  faible  ».  Le
tsar  continua  cette  conversation  les  jours  suivants  avec
l’ambassadeur,  qui  cherchait  à  se  renseigner  plus  complètement ­
  sur  ses  desseins:  Nicolas  parla  d’un  partage
de  l’empire  ottoman  entre  l’Angleterre  et  la  Russie,  à  l’exclusion ­
  de  la  France,  l’Angleterre  prenant  l’Égypte  et  la
Crète,  la  Russie  formant,  sous  son  protectorat,  les  principautés ­
  indépendantes  de  Moldavie,  de  Valachie,  de  Serbie
et  de  Bulgarie;  il  affirma  d’ailleurs  qu’il  ne  convoitait  pas
Constantinople  ;  tout  au  plus  prévoyait-il  la  nécessité  de  la
prendre  quelque  temps  en  dépôt.
Le  gouvernement  anglais  fut  effrayé  de  ces  ouvertures  ;
il  ne  désespérait  pas  de  mettre  un  jour  la  main  sur  l’Égypte,
sur  la  Crète  ;  mais  il  ne  lui  convenait  pas  de  livrer  à  la
Russie  la  domination  de  la  péninsule  des  Balkans,  dans  le
moment  où  il  était  lui-méme  très  puissant  à  Constantinople. ­
  Sir  Hamilton  Seymour  eut  pour  instructions  de  répondre ­
  aux  avances  du  tsar  par  une  fin  de  non-recevoir
aussi  ferme  que  possible,  dans  l’espérance  qu’il  renoncerait
à  ses  chimères.
Nicolas  brusqua  les  choses.  Le  23  février  1853,  on  annonce ­
  à  Constantinople  l’arrivée  d’un  ambassadeur  russe
extraordinaire,  le  prince  Menchikof,  Altesse  Sérénissime,
amiral  des  flottes  de  la  Baltique,  ministre  de  la  marine,
gouverneur  général  de  la  Finlande.  Avant  de  quitter  la
Russie,  il  passe  en  revue  la  flotte  de  la  mer  Noire,  et
l’armée  russe  de  la  Bessarabie.  Il  débarque  le  l®''mars  à  la
Corne  d’or;  il  a  avec  lui  une  suite  d’illustres  personnages,
le  prince  Galitzin,  le  comte  Dmitri  de  Nesselrode,  l’amiral
Khornilof,  major  général  de  la  flotte  de  la  mer  Noire,  le
général  Nikapotchinski,  chef  de  l’état-major  de  l’armée  de
Bessarabie.  Le  2  mars,  l’ambassadeur  extraordinaire  fait
ses  visites  en  simple  habit  de  ville;  il  va  chez  le  grandvizir;
  en  dépit  des  usages,  il  refuse  de  voir  Fuad-effendi,  le
ministre  des  affaires  étrangères:  celui-ci  n’est  sans  doute
pas  dans  les  donnes  grâces  du  tsar;  il  est  immédiatement
destitué  et  remplacé  par  Riffaat-pacha.
Dans  les  cercles  diplomatiques,  on  s’inquiète  de  ces
allures  :  quelles  prétentions  extraordinaires  apporte  donc
un  ambassadeur  d'un  si  haut  rang  et  d’un  si  grand  air?  Si
on  l’interroge,  il  répond  par  quelque  plaisanterie:  «Je
viens  négocier  le  mariage  de  la  fille  du  sultan  avec  l’un  des
            
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