Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

180  LA  GUERRE  DE  CRIMÉE  ET  SES  SUITES.
soir,  les  retranchements  des  Russes  étaient  pris.  Le  lendemain, ­
  Gortchakof  vint  constater  l’inutilité  d'une  résistance
plus  longue  ;  il  permit  aux  défenseurs  de  la  ville  de
quitter  Sébastopol:  le  gouverneur  Osten-Sacken  en  sortit  le
dernier,  comme  le  capitaine  qui  ne  quitte  son  vaisseau  incendié ­
  qu’après  tous  ses  hommes,  la  mort  dans  l’àme.  Les
Russes  ne  capitulèrent  pas.  Le  10  septembre,  après  332
jours  de  siège,  trois  batailles  sanglantes,  3  assauts  plus
sanglants,  le  général  Pélissier,  bientôt  fait  maréchal  de
France,  planta  le  drapeau  tricolore  sur  les  ruines  abandonnées ­
  de  Sébastopol.
Ce  succès,  chèrement  acheté,  n’eut  d’autres  suites  que  la
prise  de  Kinburn,  en  face  d’Odessa.  D’ailleurs  les  Russes
avaient  aussi  quelques  avantages.  Au  sud  du  Caucase,  ils
remportèrent  sur  les  Turcs  une  série  de  victoires  à  Bayandouri,
  Akhaltzikh,  Basch-Kadiklar,  qui  aboutirent  à  la
prise  de  l'importante  citadelle  de  Kars  (le  27  novembre
1855).  On  pouvait  traiter.
Les  Anglais  cependant  tenaient  à  la  continuation  de  la
guerre,  pour  laquelle  lord  Palmerston,  revenu  récemment
au  pouvoir,  venait  de  faire  des  préparatifs  considérables
au  milieu  de  l’enthousiasme  unanime  de  ses  concitoyens.
Ils  voulaient  une  nouvelle  campagne  dans  la  mer  Baltique,
la  destruction  de  Cronstadt,  comme  de  Sébastopol,  le  bombardement ­
  de  Saint-Pétersbourg,  de  façon  à  rendre  la
Russie  impuissante  pour  longtemps.  Ils  signèrent  dans
cette  intention,  au  mois  de  novembre  1855,  un  traité  d’alliance ­
  avec  la  Suède,  attirée  par  la  promesse  de  la  Finlande.
Ils  voulaient  forcer  l’Autriche  à  se  déclarer,  en  menaçant
d’encourager  les  libéraux  italiens  contre  elle;  ils  envoyèrent ­
  des  secours  à  Schamyl  dans  le  Caucase,  —
comme  ils  en  avaient  envoyé  à  Abd-el-Kader  dans  les
montagnes  de  l’Atlas.  —  Ils  parlaient  même  de  soulever
contre  le  tsar  une  gigantesque  agitation  du  parti  révolutionnaire, ­
  surexcité  d’ailleurs  par  le  despotisme  de  Nicolas,,
et  auquel  Alexandre  II  donna  bientôt,  par  l’abolition  du
servage  et  l’organisation  des  libertés  provinciales,  de  très
importantes  satisfactions.
Napoléon  III  ne  voulait  plus  du  tout  de  la  guerre  ;  elle
lui  coûtait  très  cher;  elle  avait  été  suffisamment  glorieuse
pour  le  prestige  de  son  nom  ;  elle  ne  pouvait  rien  lui  rapporter ­
  ;  il  ne  lui  plaisait  plus  de  sacrifier  les  ressources  de
la  France  aux  intérêts  de  l’Angleterre.  Aux  instances  de
            
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