Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  GUERRE.

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maîtres  de  la  rive  gauche  du  Danube  ;  l’armée  roumaine,
sous  le  commandement  du  prince  Charles,  formait  leur
extrême  aile  droite,  vers  Craiova  et  Kalafat,  où  elle  conservait ­
  son  indépendance,  comme  les  Piémontais  à  côté
des  Français  pendant  la  guerre  de  1859.  Le  passage  du
Danube  était  difficile  :  la  rive  gauche  est  plus  basse  que  la
rive  droite  ;  elle  est  plate,  découverte,  marécageuse  le  plus
souvent  ;  les  moindres  opérations  y  étaient  faciles  à  surveiller. ­
  Les  eaux  du  fleuve  étaient  hautes,  sillonnées  de
torpilles  et  de  toute  une  flottille  de  bâtiments  turcs  auxquels
les  Russes  n’avaient  rien  à  opposer.  La  rive  droite  était
gardée  par  de  bonnes  forteresses,  par  220.000  Ottomans,
sous  le  commandement  supérieur  d’Achmet-Eyub-pacha  ;
grâce  à  la  mauvaise  administration  de  la  Porte,  les  routes
de  Bulgarie  étaient  presque  impraticables,  et  la  marche
d’une  armée  d’invasion  y  devait  être  sans  cesse  retardée.
Les  Russes  étaient  pourtant  obligés  de  franchir  le  Danube
au  centre  de  la  Bulgarie  :  la  Serbie  était  trop  loin,  et  il  ne
leur  convenait  pas  de  laisser  leurs  communications  à  la
merci  de  l’Autriche.  Inférieurs  sur  mer,  ils  ne  pouvaient
s’appuyer  à  la  côte.  Malgré  tous  ces  obstacles,  ils  passèrent
le  fleuve  presque  sans  peine,  et  ce  fut  une  première  et  très
grave  faute  des  Turcs  que  de  n’avoir  pas  su  s’y  opposer.
L’armée  russe  était  sous  le  commandement  du  grand-duc
Nicolas,  frère  du  tsar.  Alexandre  II  était  venu  lui-même  en
Roumanie  avec  la  plupart  de  ses  ministres,  et  il  avait  pris
sa  résidence  à  la  petite  ville  de  Ploiesci,  au  nord  de  Bucharest. ­
  Au  commencement  de  juin,  les  Russes  formèrent,  tout
au  long  de  la  rive  gauche,  un  rideau  de  troupes,  partout  à
peu  près  également  épais,  de  façon  à  ne  pas  trahir  l’endroit ­
  où  ils  tenteraient  le  passage.  Pendant  ces  opérations
préparatoires,  quelques  détachements  de  Cosaques  réussirent ­
  à  atteindre  la  rixe  bulgare  pour  jeter  le  désordre  parmi
les  Turcs  ;  quelques  batteries  bien  placées  couvrirent  de
boulets  les  petits  bâtiments  turcs  ;  ainsi  leur  plus  beau
vapeur,  le  Lufti-Djelil,  fut  coulé  dès  le  10  mai  ;  ce  fut
ensuite  le  tour  du  Sei/î,  d\i  Hifz-ûl-Rachman,  détruits  tous
deux  par  des  torpilles  russes.  La  flottille  ottomane  se  trouva
à  peu  près  impuissante.
Le  22  juin,  les  Russes  parurent  se  porter  en  masses  profondes ­
  sur  leur  gauche,  vers  Braïla-Galatz.  Le  général
Zimmermann  y  passa  le  fleuve  à  travers  les  marécages  et
répandit  ses  troupes  sur  la  Dobroudja.  Les  Turcs  reculèrent
            
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