Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

30i  EN  ASIE.  —  ANGLAIS  ET  RUSSES.
rible  insurrection  de  1857.  Les  traits  en  sont  à  préciser  ;  car
ils  caractérisent  la  situation  de  l’Angleterre  dans  l’Inde  ;  ils
en  montrent  les  points  faibles,  où  tout  danger,  malgré  un
gouvernement  très  habile  et  une  étroite  surveillance,  n’a  pas
encore  absolument  disparu.
L’insurrection  ne  gagna  pas  l’Inde  tout  entière  ;  elle  resta
localisée  sur  une  région  assez  peu  étendue.  Le  Gange  supérieur ­
  et  ses  affluents,  la  Djemma  et  la  Gogra,  traversent  un
pays  bien  défini,  qu’on  peut  considérer  comme  la  forteresse
de  l’Hindoustan  tout  entier,  l’endroit  exact  où  s’est  à  travers ­
  les  temps  décidée  sa  fortune.  Ce  fut  le  berceau  du  brahmanisme, ­
  et  c'en  est  resté  en  quelque  sorte  le  sanctuaire.
Là  aussi  le  prophète  Çakia-Mouni  fonda  le  bouddhisme,  qui
se  retira  ensuite  à  Ceylan,  au  Tibet  et  en  Chine.  De  là  enfin
les  grands  Mongols  de  Delhi  tinrent  pendant  des  siècles  toute
la  presqu’île  sous  leur  domination.  La  partie  occidentale  de
cette  région,  Allahabad,  Agra,  Delhi,  avait  été  occupée  paj*
le  marquis  de  Wellesley  au  commencement  du  siècle  ;  la
partie  orientale,  entre  le  Gange  et  la  Gogra,  c’est-à-dire  le
royaume  d’Oude,  avec  sa  capitale  Lucknow,  ne  fut  annexée
que  par  lord  Dalhousie  en  1855,  et  cette  nouvelle  conquête
de  la  Compagnie  britannique  contribua  au  soulèvement  des
populations  voisines.
L’administration  britannique  était  devenue  dans  les  dernières ­
  années  très  lourde  En  1833,  le  gouvernement  anglais,
ouvrant  l’Inde  au  commerce  de  toutes  les  nations  et  enlevant ­
  ainsi  à  la  Compagnie  son  monopole,  avait  garanti  en
compensation  aux  actionnaires  un  revenu  de  10  pour  100.
Dès  lors,  les  agents  de  la  Compagnie,  n’étant  plus  intéressés ­
  à  la  prospérité  de  la  colonie,  commirent  de  continuelles
exactions,  ne  cherchèrent  qu’à  s’enrichir  par  tous  moyens,
comptant  d’ailleurs  sur  la  résignation  des  indigènes.  L’armée ­
  d’occupation,  composée  de  50.000  européens,  était
complétée  par  250.000  cipayes  en  grande  partie  musulmans, ­
  que  les  officiers  anglais  traitaient  durement  :  on  les
croyait  incapables  de  résistance  parce  qu’ils  n’osaient  se
plaindre.
Cependant  l’esprit  de  rébellion  fermentait  dans  un  grand
nombre  de  régiments,  exalté  par  des  encouragements,  des
prédictions.  De  nombreux  agents,  musulmans  surtout,  parcouraient ­
  le  pays,  distribuant  des  symboles  mystérieux,  au
peuple  des  gâteaux  de  farine,  aux  soldats  des  fleurs  de  lotus
bleu,  la  plante  sacrée,  d’où  sortit  la  première  incarnation
            
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