GN2 PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
la rupture. Le contrat collectif ne peut guère être efficace
que là où la classe ouvrière est presque tout entière organisée
et a acquis la conscience de sa responsabilité, que là du
moins où les chefs ont assez d’autorité pour signer au nom
de tous et pour forcer les ouvriers à tenir les engagements
pris en leur nom.
À parler exactement, la convention collective (car c’est
bien ainsi qu’il faut dire : convention et non contrat) n’est
pas un vraï contrat de travail, car elle n’oblige point Pierre
à travailler pour le compte de Paul, ni ne fixe le prix que
Paul doit payer à Pierre. Il se borne à poser certaines règles
générales — auxquelles devront se conformer’ patrons et
ouvriers à l’avenir — telles qu’une échelle de salaires, un
maximum d’heures de travail, l’obligation de n’embaucher
que des ouvriers syndiqués, ete. — et comme on ne peut
régler ces conditions pour un avenir illimité, on fixe géné-
ralement un terme de deux ou trois ans. C’est comme un
cadre dans lequel devront rentrer tous les contrats indivi-
duels qui concerneront le même établissement, voire même
tousles établissements d’une même industrie ou d’une région,
et ainsi le contrat collectif peut s’élargir aux proportions
d’une sorte de législation locale, à cela près que cette loi, au
lieu d’ètre votée par le Parlement, le serait par l’entente des
syndicats ouvriers et patronaux. Ce serait un acheminement
vers le régime qu’on qualifie de syndicat obligatoire : on
entend par là non pas précisément que tous les ouvriers
seront forcés d’adhérer au syndicat, mais qu’ils seront tenus
de se conformer à ses décisions.
Evidemment de telles conventions, par le caractère de
solidarité qui les distingue, sont en opposition avec l’indi-
vidualisme : elles tendent à stéréotvper les salaires sans
acception de personnes (1). Mais le sacrifice que font par là
les ouvriers d’élite à la masse n’est pas sans valeur morale.
(A) Aussi les économistes. de l’école libérale se sont-ils parfois exprimés
sévèrement sur leur compte. M. d'Eichthal écrivait dans le Journal des Keo-
nomastes (1907): « La convention collective tend à faire de la médiocrité la
règle et la limite de tous».
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