LES SALARIÉS ;
mique moderne. Or, le salariat est inséparable de l’entre-
prise, comme la fage et le revers d’une même médaille, ou
plutôt comme la vente et l’achat d’une même marchandise.
La marchandise ici c’est le travail ou la main-d'œuvre : le
salarié c’est celui qui la vend, l’entrepreneur c’est celui qui
l’achète.
Ainsi défini, le salariat ne constitue qu’un mode de rému-
nération nullement nécessaire et unique mais relativement
récent dans l’histoire économique, qui ne s’est généralisé
qu’avec l’organisation capitaliste et patronale moderne et
qui pourrait très bien disparaître avec elle. C'est ce qui va
nous apparaître plus clairement dans le chapitre suivant.
Notre définition du salariat comprend évidemment tous
ceux qui travaillent sous les ordres d’un patron, dans l’agri-
culture, l’industrie, les transports, le commerce, qu’ils soient
travailleurs manuels, employés, ingénieurs ou mème direc-
teurs, fût-ce à 500.000 francs d’appointements.
Mais inversement, cette définition exclut tous les produc-
teurs qui travaillent pour leur propre compte, c'est-à-dire :
— a) les producteurs autonomes : paysans, débitants, arti-
sans, quoique souvent plus pauvres que les salariés ; — b)
ceux qui exerçent une profession libérale : médecins, avocats,
artistes, etc. — Car les uns et les autres travaillent non pour
un parron, mais pour le public, pour le client.
Historique du salariat.
Le salariat était encore inconnu dans cette longue période
que nous avons appelée « l’industrie de famille » (p. 239),
où le maître de la maison se procurait par le travail de
ses serviteurs, de ses esclaves, de ses serfs, tout ce «jui lui
était nécessaire. Il est vrai que de tout temps, même dans
l’antiquité et sous le régime de l'esclavage, il y a eu des
hommes pauvres, mais libres, qui louaient leurs bras à un
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