LES CAPITALISTES RENTIERS }
passé (1): Il ne nous paraît donc pas établi que la foi en une
baisse indéfinie de l’intérêt puisse être érigée en loi ni qu’on
soit fondé à y voir un des facteurs qui tendraient à préparer
l'égalisation des conditions humaines.
Ce n’est point à dire pourtant qu’on ne soit en droit
d’attendre de l’avenir que la part du capital ne se réduise,
mais plutôt sous forme de profit que sous celle d’intérèt
(voir ci-après, Le Profit). Et un tel résultat ne sera point dû
au jeu de quelque loi naturelle mais à l’action raisonnée et
persévérante des hommes, probablement s’exerçant par la
voie des associations coopératives de crédit et celles de
consommation.
Quant à l’hypothèse que le taux de l’intérêt pourrait
tomber à zéro ou même au-dessous de zéro, ce n’est point
une absurdité telle que le serait celle de voir, par leur
surabondance, toutes les richesses devenir gratuites ; car la
production de toute richesse suppose nécessairement
un travail, elle est donc onéreuse, tandis que la transforma-
tion d’une richesse en capital n'est qu’un changement de
destination qui n'implique pas nécessairement un travail ni
même une peine. Sans doute un prêt purement gratuit sera tou-
jours une liéralité et, comme tel, en dehors de l'économie
politique. Mais on peut concevoir, en cas d’abondance de
capitaux, que le prèteur secontentât, comme contre-pres-
tation, de la certitude de retrouver son capital au moment
opportun et d’être délivré, en attendant, du ,soin de le
garder. C’est précisément ce qui est réalisé parfois dans les
prêts sous forme de dépôt (voir p. 422).
(1) Cette prévision, que nous avions émise dès la 1'° édition de ce livre
en 1883, ne se trouvait pas d'accord avec celle de M. Paul Leroy Beaulieu,
qui, comme presque tous les économistes de l'école libérale, a toujours annoncé
la baisse - laquelle en effet s’est réalisée jusqu’en 1897, mais a été remplacée
depuis lors nar la hausse.
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