LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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truments les Incas se sont-ils servis pour transporter
de semblables fardeaux ? Sur les moyens employés, on
est obligé de se borner aux conjectures plus ou moins
exactes, mais ces procédés, comme le résultat obtenu, n’en
sont pas moins dignes de notre admiration.
Sur une élévation de terrain voisine du Sacsay-
Iluaman, appelée Qquuisillo Hunqu-Ina. (l’endroit où
danse le singe) par les Quechuas, et le Rod&dero (Glis-
seur ou Rouleur) par les Espagnols, on trouve des blocs
granitiques sculptés et transformés par les travailleurs
incas en terrasses, galeries, renfermant un grand nombre
de niches, en sièges et marches de toutes formes.
A l’est, on aperçoit les constructions bizarres du
Qquenco entourées de travaux semblables à ceux qui se
trouvent sur le Rodadero. Toutes ces constructions sont
situées à la même altitude que le Sacsay-Huaman, à un
peu plus de 200 mètres au-dessus de la vallée de Guzco (1).
Mais ce qui pour l’observateur est le plus étonnant,
c’est que les Incas dans leurs édifices n’employaient aucun
ciment. Ils taillaient leurs pierres (ils ne connaissaient ni
le fer et l’acier, mais avaient découvert, ce qu’aujourd’bui
encore nous ignorons, la trempe du cuivre, et c’est avec
des outils de cuivre qu’ils ont obtenu ces merveilleux
résultats), et ils les taillaient avec tant de perfection
qu’elles se juxtaposaient. Et ils ne les taillaient pas car
rées ou rectangulaires, cela n’eût pas donné assez de soli
dité à leurs constructions, dans une contrée où les trem
blements de terre sont plutôt fréquents ; non, leurs pierres
sont hexagones, octogones, nous avons même vu une
pierre qui avait douze angles inégaux, dont deux ou quatre
rentrants, et, à ces mêmes pierres, les autres sont si bien
(1) Pour édifier le temple du Soleil, le Sacsay-Huaman et le Qquenco,
20.000 hommes furent employés pendant cinquante ans.