LA GUERRE DU SOUDAN.
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sabre à lame courbe, et, levant les bras au ciel, il s’écria ;
« Louanges soient à Dieu ! Me voici donc défenseur de la foi !
Que Dieu me maintienne sur le cou des infidèles et étende
sa bénédiction sur nous ! » Il annonça bientôt que Mahomet
lui était apparu et lui avait confié la mission de fonder
l’empire de l’Islam. Il appela tousles musulmans aux armes
et eut en quelques semaines autour de lui des troupes très
nombreuses.
Ses succès furent rapides de 1881 à 1885, et les Anglais
eux-mêmes sentirent la lourdeur de son bras. Le gouver
neur du Soudan égyptien, Réouf-pacha, fut battu le 7
décembre 1881 ; trois autres corps égyptiens furent succes
sivement détruits en janvier, juin et juillet 1882, autour de
Khartoum. Se jugeant encore incapable d’enlever cette ville,
le Mahdi concentra son armée un peu à l’ouest, et s’empara
d’El-Obéid, dont il fit sa première capitale. 11 y repoussa
toutes les attaques qui furent dirigées contre lui. Après
chaque victoire, ses troupes se grossissaient de la masse
des déserteurs de l’armée vaincue. Car sa renommée gran
dissait dans tous les pays de l’Islam, du lac Tchad à la mer
Rouge, et le doigt de Dieu paraissait le conduire.
Quand les Anglais furent les maîtres de l’Égypte, ils
envoyèrent contre lui une armée de 10.000 hommes eom-
mandée par le général Hicks-pacha. Parti de Suez et débar
qué à Souakim, en décembre 1882, celui-ci atteignit Berber,
Khartoum, et marcha sur El-Obéid. 11 sembla qu’il était
entré dans les ténèbres : pendant plusieurs mois on n’eut
aucunes nouvelles de lui. Un renfort de 500 hommes, qui
lui fut envoyé par la même route, fut massacré le 6 novem
bre 1883 dans les gorges de Tokar, près de Souakim. On
sut alors que le 3 novembre précédent, Hicks-pacha avait
été surpris dans un coupe-gorge analogue au fameux défilé
de la Hache (Hashgate) où jadis Amilcar Barca anéantit les
40.000 mercenaires de Carthage, qu’enveloppé par des
forces supérieures il n’avait pu que se défendre avec l’éner
gie du désespoir, que son armée avait péri tout entière,
qu’il était tombé lui-même bravement, le revolver au poing.
Khartoum était cette fois menacée.
Une partie des Mahdistes, sous Osman Digma, marchait
en même temps sur les ports de la mer Rouge et assiégeait
Singat, à 60 kilomètres de la côte. Baker-pacha, débarqué
à Trinkitat, y fut écrasé et perdit les deux tiers de ses hom
mes, le 4 février 1884. Le général Graham fut plus heu-