à PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
une agriculture primitive les ignore ; mais Ricardo entendait
par meilleures terres simplement celles qui donnent le
maximum de produit pour le minimum de travail; il rai-
sonnait non comme chimiste, ni comme agronome, mais
commeéconomiste au point de vue hédonistique.
Cependant, l'intérêt de la querelle est celui-ci : s’il était
vrai, comme le croit Carey, que dans chaque pays — et dans
le monde en général — ce sont les terres les plus riches, au
sens physique de ce mot, qui restent encore en réserve, la
culture n’ayant encore utilisé que les plus pauvres, en ce
cas il y aurait lieu de prévoir pour l'avenir un rendement
croissant de la terre, l’abondance et ie bon marché des pro-
duits alimentaires et, comme conséquence, une baisse gra-
duelle de la rente pour le plus grand avantage des consom-
mateurs et de la société tout entière. La rente se dépouillerait
ainsi de ce caractère odieux qu’elle présente dans la théorie
ricardienne.
Mais voici alors la thèse de Ricardo reprise sous une
autre forme, celle de la loi de la plus-value croissante de la
terre, qui coñfirmerait sesconclusions quoiques'appuyantsur
une argumentation différente et plutôt inverse. Elle a trouvé
dans Henri George son plus éloquent interprète (1). Elle ne
présente pas la rente comme due à une sorte de parcimonie
de la Nature, à la difficulté croissante de la culture, à la
hausse du prix du blé, mais au contraire comme la résul-
tante de toutes les causes de progrès social — accroissement
de la population d’abord, mais aussi accroissement de la
richesse, de l’ordre, de la sécurité, progres de la science,
développement des inoyens de transport, etc, qui tous
poussent à la hausse de la valeur de la terre — et cela indé-
pendamment de tout travail du propriétaire qui n’a, selon
l’expression pittoresque de Henri George, qu'à s’asseoir et à
fumer sa pipe en attendant l’infaillible plus-value.
Dans cette doctrine, à la différence de celle de Ricardo, on
(1) Voir son livre célèbre Progrès el Pauvreté traduit en français. En ce
qui concerne la solution préconisée par Henri George, voir ci-après,
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