PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
qui vont jusqu'à exproprier et démolir les quartiers
insalubres, si excellentes soient elles pour la santé publique,
ne font qu’aggraver le mal. En effet, elle sont nécessai-
rement pour effet de faire renchérir le coût des maisons
nouvelles par les conditions sévères imposées aux construc-
teurs et de les rendre par là encore plus inaccessibles pour
les pauvres — et si on va jusqu’à la démolition, d’en dimi-
nuer le nombre!
Peut-on chercher une solution en taxant les loyers, comme
on le fait pour le pain et par le même motif, à savoir qu’il
s’agit de satisfaire à un besoin indispensable ? — Mais il y a
cette différence essentielle que le boulanger est un commer-
cant et que son pain n’est fait que pour être vendu, tandis
que le propriétaire d’une maison peut toujours se refuser à
la louer. Sans doute si l'on suppose la location déjà faite et
le locataire en possession, la loi peut, comme elle l’a fait
pour toute la durée de. la guerre, par une mesure révolu-
tionnaire, réduire ou même supprimer complètement le
loyer. Mais le problème c’est de trouver des logements pour
ceux qui n’en’ ont pas: or, un tel remède ne peut pour l’avenir
que réduire l’offre, car du jour où en ne paierait plus de
loyer, il est clair que personne ne ferait plus construire de
maisons à louer : les riches seuls feraient bâtir des maisons
pour s’y loger.
On ne voit donc d’autres ressources que de faire appel à la
collaboration de tous les facteurs du progrès social —
patrons, philanthropes, établissements d’utilité publique,
sociétés de secours mutuels, municipalités, Etat, et aux inté-
ressés eux-mêmes associés en coopératives. Il faut leur
demander les capitaux nécessaires pour construire le plus
grand nombre possible de maisons, dans les conditions les
plus économiques, en renonçant à tout profit et en se conten-
tant d’un modique intérêt, de facon à réduire les loyers au
prix de revient.
En effet tous ces moyens ont été employés :
1° Un très grand nombre de maisons ont été construites
par des patrons ou des Compagnies pour leurs ouvriers, sous
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