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entretenus toute l’année par la ferme qui les emploie. Ils se retirent en hiver dans
une petite propriété leur appartenant, à laquelle il incombe en grande partie
d’assurer-leur subsistance pendant cette saison. Cette méthode est surtout mise
à profit par les très grandes fermes qui peuvent se procurer de cette manière la
main-d’œuvre dont elles ont besoin à certaines époques. Il en résulte une certaine
relation économique entre cette catégorie d’exploitations et les toutes petites
propriétés. Cette considération est très importante, étant donné qu'une enquête
sur la comptabilité agricole implique presque toujours, à une phase quelconque,
la nécessité de grouper les éléments d’après la dimension de la ferme, et qu'aucune
question n’a été aussi discutée que celle des besoins relatifs de main-d'œuvre dans
les petites et dans les grandes fermes. On constate, en effet, que les enquêtes du
genre de celles qui ont été utilisées pour l’élaboration du présent rapport ne font
que rarement mention des toutes petites exploitations ; tenir compte de cette
catégorie d’entreprises paraîtrait presque ridicule. La conséquence de cette omis-
sion est la suivante: lorsqu’on procède à l’analyse statistique des comptabilités
agricoles, le bilan de la ferme familiale moyenne comprend le coût total de l’entre-
tien de sa main-d’œuvre pendant toute l’année, tandis que la grande exploitation
a rejeté une partie de ce coût sur une catégorie d’exploitations dont il n’est jamais
tenu compte dans les enquêtes.
: Enfin, une dernière difficulté, et peut-être la plus importante, est celle que
soulève la question de la famille agricole. Dans quelle mesure le travail personnel
du chef de famille doit-il être compté dans le coût du travail ? Dans une petite
exploitation, le chef de famille assure person nellement tout le travail de direction
et une grande partie du travail manuel. Toutefois, la question se pose également
dans l’exploitation moyenne, où cependant la part de travail manuel du chef
est moins forte et sa part dans la direction, plus importante. Elle ne se pose plus
guère pour la grande exploitation où le chef de famille ne fait plus aucun travail
manuel 1.
Une question tout aussi délicate se pose en ce qui concerne l’évaluation du
coût du travail du reste de la famille. Etant donné qu’une grande partie des terres
cultivables dans le monde entier sont cultivées par le travail familial, ce dernier
ne saurait être négligé. Malheureusement, les informations dont on dispose dans
ce domaine ne sont que des déclarations plus ou moins arbitraires, et l’on ne peut
espérer réunir des données absolument certaines et exactes. Ces difficultés et
ces approximations commandent la plus grande circonspection dans les conclusions.
1 Il convient de noter cependant que l’évaluation du travail de direction du fermier
est tout aussi difficile. La méthode la plus perfectionnée est celle qui est exposée dans les
rapports danois. Elle consiste à établir, pour le travail de direction du fermier, une courbe
de salaires correspondant le plus exactement possible à la courbe de salaires du travail de
direction loué. Cette courbe part de zéro pour aboutir au salaire maximum touché par les
administrateurs des grandes exploitations; elle tient compte de l’intensification de la culture
et de la catégorie d’exploitations. Dans d’autres cas, le travail effectué par le fermier (travail
manuel et. travail de direction) est évalué à un taux fixe qui est de 2 livres par semaine
pour son travail manuel et 200 livres par année pour son travail de direction dans certaines
comptabilités anglaises. Les évaluations de ce genre ont évidemment un caractère arbitraire.