LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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départ après avoir placé toutes ses tejelinas. Mais, il n’eu
est encore qu’au tiers de sa tâche, il ressort aussitôt de sa
case muni d’un seau en fer blanc nommé « balde » ; refai
sant le chemin parcouru, il va d’arbre en arbre pour ra
masser le contenu des tejelinELS posées, qui est versé dans
le « balde. » Une estrada peut fournir de huit à dix litres de
latex par jour, fournissant 4 à 5 kilos de caoutchouc pur
et sec ; il y a des estradas qui donnent de quinze à dix-
huit litres de sève.
Toutes les tejelinas ayant été relevées, le seringueiro,
une fois de retour, pénètre sous le défumador et verse
dans une bassine le contenu de son seau. Le latex est
d’abord nettoyé en le faisant chauffer à une température
de 35 à 45° afin de permettre l’agglutinement des impuretés,
tels les débris végétaux de toute sorte qui ont pu tomber
dans le balde. Ceci fait il allume un foyer alimenté par des
racines d’un palmier c/iapapa ou d’autres semblables,
mêlés à du bois résineux, puis, lorsque le brasier donne
une fumée épaisse, il place dessus une cheminée en fer,
sorte de diable, nommée boulbao, par l’orifice duquel la
fumée s’échappe en flocons opaques ; le seringueiro place
alors au-dessous de la cheminée une sorte de pelle, longue
comme celle d’un boulanger et soutenue sur les genoux ou
par une fourche en bois fixée en terre sur laquelle il verse
le latex recueilli à l’aide d’une moitié de calebasse, en le
faisant tourner en même temps au-dessus de la fumée,
mouvement qui détermine la forme que prend le caout
chouc et qui est celle d’une boule. Immédiatement, l'ac
tion de la chaleur forme de l’enduit liquide une mince
pellicule solide ; le seringueiro continue d’arroser sa pelle
jusqu’à épuisement du latex dans la bassine. Après plu
sieurs jours de travail, il aura un pain déformé ovoïde dont
le poids peut varier, suivant les endroits, entre 8 et