Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

16  BYZANCE  ET  STAMBOUL.
d’Occident,  ne  leur  furent  jamais  d’aucun  secours  :  leur
abstention  en  cette  affaire,  leur  habileté  à  chercher  partout ­
  quelque  chose  à  gagner,  étaient  pour  beaucoup  trahisons. ­

C’est  que  Constantinople  était  déchirée,  en  ce  temps,  de
continuelles  révolutions  de  palais  ;  la  succession  au  trône
n’y  fut  peut-être  jamais  plus  troublée.  Les  Commène  se
disputèrent  entre  eux.  Andronic  Commène  fut  renversé,  en
1185,  par  Isaac  l’Ange,  et  l’histoire  de  la  dynastie  des
l’Ange  fut  encore  plus  dramatique.
Venise,  depuis  qu’elle  était  une  république  libre,  développait ­
  rapidement  ses  intérêts  commerciaux  avec  l’Orient.
Elle  devenait  le  plus  grand  entrepôt  de  marchandises  entre
le  Levant  et  l’Occident.  Elle  avait  à  Constantinople  le  quartier ­
  privilégié  de  Péia  ;  ses  doges  affectaient  de  porter  le
costume  grec  et  avaient  introduit  dans  leur  cité  le  cérémonial ­
  de  la  cour  de  Byzance.  Au  milieu  des  désordres  du
Palais  impérial,  les  privilèges  des  Vénitiens  furent  compromis; ­
  en  1182  même,  une  populace  surexcitée  massacra  à
Péra  un  grand  nombre  de  leurs  marchands.  L’idée  vint
alors  à  la  Sérénissime  Seigneurie  de  détruire  l’empire  grec
ébranlé  et  de  s’en  approprier  les  dépouilles.  Alors  aussi,
l’empereur  Henri  VI,  fils  de  Frédérie  Barberousse,  marié  à
l’héritière  normande  du  royaume  des  Deux-Sieiles,  rêva
d’aller  conquérir  la  couronne  de  Byzance  et  de  refaire
l’unité  de  l’empire  romain.  Il  mourut  prématurément.
Un  siècle  d’expéditions  guerrières  des  Croisés  sur  l’Orient
l’avait  profondément  pénétré  des  influences  occidentales  ;
il  en  était  comme  enveloppé  partout.
Sous  cette  action,  et  sous  celle  en  particulier  du  puissant
empire  d’Allemagne,  portée  glorieusement  aux  bords  du
Danube  par  Frédéric  Barberousse,  lors  de  la  troisième  croisade, ­
  la  Serbie  s’organise  ;  les  diverses  régions  qui  la  composent ­
  se  groupent  autour  des  montagnes  centrales  de  la
Rascie,  dans  le  pays  actuel  de  Novi-Bazar  ;  leur  unité  est
faite  une  première  fois  vers  llôo  par  Stéphane  Némanya;
il  prend  Nisch  à  l’empire  grec,  établit  aussi  sa  domination
sur  la  Dalmatie.  Il  se  fait  moine  en  1195,  et  les  Serbes
l’honorent  sous  le  nom  de  saint  Siméon.  L’un  de  ses  fils,
saint  Sava,  fut  le  premier  archevêque  national  de  la  Serbie  ;
il  eut  son  siège  primatial  à  Oujn^a  ;  le  fils  aîné  de  Nemanya,
Stéphane  I",  prit  le  titre  de  kral,  et  même,  en  1217,  un
légat  pontifical  le  couronna  roi  de  Serbie.
            
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