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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE»
Mahomet II dut lever Je siège et battre en retraite.
Hunvad mourut; et entre les Turcs et les Magyars s’établit une sorte de
trêve qui se prolongea jusqu’à l’avénement de Soliman I er . Lorsque ce
prince, que son faste et ses exploits firent surnommer le Magnifique,
envoya une ambassade aux Hongrois pour conclure une paix définitive, on
lui répondit par des tergiversations et des lenteurs qui devaient fatalement
aboutir à la reprise des hostilités.
Cette fois, l’invasion turque s’avança avec un appareil formidable, avec
des milliers de chameaux et de mulets chargés de munitions et de vivres, de
tentes de soie et d’or; Soliman amenait avec lui une nombreuse artillerie,
un équipage complet de fauconnerie, et une suite de trois cents chambellans
montés sur des chevaux richement harnachés, dont les étriers et les mors
d’argent on d’or massif étincelaient. Les janissaires marchaient en tête,
sons leurs bannières écarlate, avec leurs longs bonnets blancs à la pointe
pendante; ils étaient armés de deux sabres, d’une lance et d’un long fusil.
Devant le sultan, on portait sept bannières rayées d’or, et sept queues de
cheval dorées. Soliman, monté sur un étalon blanc, était entouré de
soixante-dix gardes du corps revêtus de cuirasses et armés de lances d'or.
Le maréchal de l’empire ottoman et cent cinquante courriers d État,
avec leur bâton enguirlandé de chaînes d’argent, chevauchaient à ses côtés.
Jamais le « sultan magnifique » n avait déployé pareil luxe.
Belgrade fut prise après une lutte acharnée.
La Hongrie était terrifiée.
— Les Turcs! Les Turcs reviennent!
Tel est le cri qui retentit partout, et l’on promena un glaive sanglant
dans les villes et dans les villages, pour avertir les habitants du sort qui
les attendait, s’ils ne prenaient pas les armes pour défendre le pays.
Soliman franchit la Drave avec deux cent mille hommes, et s’empara de
la forteresse de Pétervaradin. L’armée magyare, qui se porta au secours
de la place, le rencontra dans une plaine, près du village de Mohacs.
l es Hongrois, acceptant la bataille, s’ébranlent au bruit de leurs instru
ments guerriers et au chant des cantiques ; ils dispersent un premier corps
de fantassins et croient tenir la victoire ; mais ce n’est qu’une ruse des
Turcs, qui ont voulu les faire sortir de leurs positions pour les attaquer à
portée de leur artillerie ; tout à coup les trois cents canons de Soliman se
démasquent et sèment la mort et le désordre dans le rang des Magyars,
(pii sont enfin rejetés dans des marais où la plupart périssent et où le roi
lui-même reste englouti avec son cheval. Sept prélats, vingt-huit magnats
et vingt-deux mille hommes tombèrent dans cette tragique journée.