Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

En  face,  la  montagne  de  Ilude  découpe  sa  lourde  masse  de  rocher  jaune,
avec  sa  citadelle  aux  sombres  murailles  que  l’aube  colore  de  rose  comme
la  joue  d’un  enfant  ;  debout  sur  sa  cime  solitaire,  elle  fait  penser  à  une
sentinelle  oubliée.  Au-dessous  s’éparpillent,  disposées  comme  les  tentes
d’un  camp,  les  petites  maisons  du  quartier  serbe,  peintes  de  différentes
couleurs,  à  la  mode  orientale.  Cette  partie  de  Bude  s’appelle  le  Talan,
ancien  nom  turc  de  la  Raizenstadt,  ou  ville  des  Serbes.
Les  douze  cents  maisonnettes  qu’habitent  ceux-ci  ont  la  même  forme,  la
même  hauteur  et  la  même  largeur  ;  elles  composent  des  rues  et  des  ruelles
fort  originales,  qui  montent  à  pic.
Cette  colonie  slave  date  du  dix-septième  siècle;  quand  Bude  fut  délivrée
de  la  domination  turque,  Charles  de  Lorraine  y  rappela  les  Serbes  qui
avaient  fui  le  joug  des  pachas  et  vivaient  disséminés  sur  les  bords  du  Danube. ­
  Tous  s’occupent  de  petit  commerce;  ils  passent  pour  être  si  rusés  en
affaires  qu’un  proverbe  hongrois  dit  que  «  d’un  Serbe  on  peut  tirer  quatre
juifs  et  cinq  Tziganes  »  .
Mais  il  n’y  a  pas  seulement  des  Slaves  dans  la  Raizenstadt;  on  y  rencontre ­
  aussi  des  Allemands;  j’y  ai  même  vu  une  Roumaine,  sa  quenouille
à  la  main,  encadrée  dans  la  sombre  boiserie  d’une  vieille  porte.
Plus  loin,  sur  une  seconde  montagne  moins  élevée,  le  château  royal  est
posé  comme  un  diadème  de  pierre  que  le  soleil  transforme  en  diadème  d’or.
Son  immense  façade  incendiée  de  lumière  jette  des  pétillements,  et  ses
soixante  fenêtres  rangées  à  la  file  les  unes  des  autres  étincellent  et  flamboient. ­
  Construit  sur  l’emplacement  du  palais  des  anciens  rois  de  Hongrie,
détruit  par  les  Turcs,  cet  énorme  édifice  carré  tient  du  château  fort,  du
couvent  et  de  la  caserne  ;  ses  terrasses  descendent  en  pente  douce  vers  le
fleuve  et  se  déroulent,  avec  leurs  parterres  de  fleurs  et  d’arbustes,  comme
un  magnifique  tapis  oriental.
Des  deux  côtés  du  château,  la  ville  haute  presse  ses  toits  qui  ondulent  et
moutonnent  comme  des  vagues  autour  de  deux  églises,  immenses  vaisseaux
dont  les  clochers  surmontés  d’une  croix  dorée  semblent  les  mâts.
Plus  bas,  au  bord  du  Danube,  s  alignent  de  hautes  maisons  modernes  à
trois  étages,  roides  et  graves  comme  de  vieux  juges  en  cravate  blanche.  Une
construction  récente,  avec  des  arcades,  une  tour  carrée,  un  pavillon
décoré  de  fresques,  un  portique  à  colonnes  orné  de  statues,  déploie  une
longue  galerie  blanche  que  terminent  deux  tourelles  de  style  persan.  Une
terrasse  à  la  balustrade  de  marbre  se  développe  sur  le  front  de  cet  édifice,
l’un  des  plus  beaux  de  Budapest.  C’est  le  Burgbazar.
Les  collines  vertes  plantées  de  vignes  ou  de  bois,  et  qui  se  fondent  dans
            
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