182 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
le prince Orlof et le baron de Brunnow, ceux du Piémont
le comte de Cavour et le marquis de Villamarina, ceux de
la Turquie Ali-pacha et Djemil-effendi : c’était la première
fois que la Sublime Porte était admise à se faire représenter
dans de telles assises.
Les délibérations de ces illustres personnages furent ra
pides et faciles; l’entente était à peu près faite d’avance.
Elle était favorisée encore par les sympathies très visibles
que l’empereur Napoléon 111 témoigna aux ambassadeurs
russes; ils furent particulièrement distingués par lui; on
n’eût pas cru qu’ils fussent les représentants de la nation
vaincue ; les égards dont ils furent l’objet rappelèrent à
beaucoup le souvenir de Tilsitt. Le prince Orlof, un vé
téran des guerres napoléoniennes, avait un grand succès
personnel dans la société impériale, et la comtesse Dam-
rémont écrivait plaisamment à M. de Thouvenel, ambas
sadeur à Vienne ; « Revue et corrigée, je trouve que la
Russie est encore superbe dans son comte Orlof ^ ».
De grandes fêtes furent données en l’honneur des pléni
potentiaires ; le prince Impérial naquit le 16 mars, et cet
événement, consolidant la dynastie, valut à Napoléon III
les félicitations de tous les souverains de l’Europe. Le
congrès de Paris fut certainement le point le plus brillant
de sa carrière.
Et c’est sous sa haute influence que la question orien
tale reçut une nouvelle solution, par le traité du 30 mars.
Par l’article VII, les puissances contractantes s’engagent
à respecter l’indépendance et 1 ’intégrité territoriale de l’em
pire ottoman. Par contre, le sultan leur « communique »
— de son gré — un nouveau firman par lequel, de sa vo
lonté souveraine, il garantit à tous ses sujets leurs droits
respectifs. Dans l’article IX, les puissances constatent la
haute valeur de cette communication, qui d’ailleurs a ne sau
rait dans aucun cas leur donner le droit de s’immiscer, soit
collectivement, soit séparément, dans les rapports de S. M. le
Sultan avec ses sujets, ni dans l’administration de l’empire. »
Les articles X à XIV confirment la neutralité des Détroits,
proclament celle de la mer Noire, sur les bords de laquelle
aucun arsenal ne pourra être construit ni par les Turcs ni
par les Russes.
i. Le Congrès de Paris, d’après la correspondance de M. de Thou
venel (Revue de Paris, !«>• décembre 1896).