iö2 PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.
quelles des capitaux pareils sont employés, rapporteront des quanti
tés très-différentes de produits bruts. Si la terre, qui, au moyen d’un
cicté commence là on la consommation des individus franchit les lignes sévères
du besoin pour entrer dans le domaine infini et varié des choses d'agrément ou
de luxe. C'est alors que l’impôt doit frapper, et frapper avec une énergie d’autant
plus grande, que la consommation est plus facultative, plus futile : de telle sorte
qu’au bas de l’échelle l’homme du peuple ne soit pas obligé de partager avec le
fisc le morceau de pain que trempent ses sueurs, et (¡u'au sommet, au contraire,
les grands seigneurs, les primadona et les vieilles marijuises paient fort cher le
droit d’avoir des chevaux pur sang, des rivières de perles et des king*charles. En
un mot nous ne verrions, avec tant d’autres, aucun inconvénient à ce que la taxe
fût de 100 pour 100 pour les mille superfluités (pii égaient la vie des privilégiés
d’ici bas, s’il fallait acheter à ce prix le dégrèvement du sel, du vin, des lettres •
et nous trouverions fort raisonnable une loi qui, établissant une taxe de 2 pour 100
sur un revenu de 500 francs, grèverait de 3 pour 100 u#revenu de 1000 francs,
de 6 pour 100 un revenu de 10,000 fr., et ainsi de suite. Si même l’on objectait,
ce que l’on a constamment objecté, que nous mentons au grand principe de la
proportionnalité des charges, que nous oublions les notions les plus simples de
l’arithmétique, nous dirions que la science sociale, opérant sur des éléments sen
sibles et non sur des abstractions, ne doit pas chercher f équilibre des charges pu
bliques dans des formules mathématiques, fausses à force de vérité, mais bien
dans une appréciation intelligente des droits, des besoins, des instincts de chacun.
Vouloir que l’ouvrier qui a lentement accumulé à force de sueurs, de privations
un revenu de 500 fr., paie au trésor 50 fr., par la raison que le grand proprié
taire jouissant d’un revenu de 50,000 fr., paierait 5000 f., c’est vouloir que parce
qu’un homme de vingt ans peut soulever un poids de 200 kilogrammes, un enfant
de deux ans soulève un poids de 20 kilogrammes qui briserait ses faibles bras;
c’est vouloir l’absurde, l’injuste ; c'est ne tenir compte ni du développement des
forces individuelles ni des nécessités sociales. Quoi qu’on dise ou fasse, en ef
fet, il sera toujours plus facile pour le riche de renoncer à des volupU« gastrono
miques, que pour le pauvre de renoncer à un pain noir qu’il brise parfois a coups
de hache, comme dans les Alpes, comme eu Suède, lorsque la faim le presse et
que sa dent ne peut l’entamer.
On a dit, il est vrai,— et sans remuer ici la question si vaste et si compliquée
des impôts, il nous est permis d’en dresser l’état actuel et les contours généraux,
— on a dit que l’impôt ainsi com^u, tendait, sous des apparences spécieuses, à
décourager l’accumulation des capitaux par une sorte de maximum dirigé con
tre ceux qui grossissent leur fortune et leurs revenus : on a ajouté que, fatal sous
ce rapport, notre système était de plus inefficace en ce que les consommations de
luxe étant purement facultatives, les classes opulentes les délaisseraient pour
éviter l’impôt. A la première accusation je réponds par cette simple reflexion,
que s’il est bon de ne pas décourager l’accumulation,— ce (|u'un impôt bien^éta-
bli serait d’ailleurs bien loin de faire,— il (ist urgent et charitable de ne pas dé
courager le travailleur en rognant son modique salaire au moyen des octrois, des
taxes sur les matières premières, etc. Qui n’aimerait mieux voir s’arrêter dans