Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE. ISl 
«on alliée, il répondit que, si l’on voulait continuer les hos 
tilités, il fallait recourir aux moyens décisifs, soulever 
par toute l’Europe les nationalités, appeler aux armes la 
Pologne contre la Russie, la Hongrie et l’Italie contre l’Au 
triche, détruire enfin l’œuvre des traités de 1815 et rema 
nier toute la carte de l’Europe : au milieu de ce boulever 
sement général, pensait-il, il serait bien maladroit s’il ne 
prenait pas pour sa part la rive gauche du Rhin et la 
Belgique. L’Angleterre en eut peur: mieux valait traiter 
avec la Russie, à des conditions même insuffisantes, que 
de soulever de telles questions. De mauvais gré, elle 
■consentit à l’ouverture des négociations. 
Comme à maintes reprises elles avaient déjà été enta 
mées à Vienne, elles y furent reprises en décembre 1855. 
L’Autriche, très embarrassée, désormais ennemie de la 
Russie, inquiétée par la Prusse en Allemagne, par la 
France en Italie, avait hâte de sortir de cette fausse situa 
tion pleine de dangers prochains. Le 16 décembre, après 
une série de conférences avec les ambassadeurs des puis 
sances occidentales, elle mit sa signature au bas d’un ulti 
matum qui fut aussitôt adressé au tsar; si, le 17 Janvier 
1856, il n’en avait pas accepté les termes, elle ferait cause 
commune avec la France et l’Angleterre. 
Cet ultimatum renfermait les conditions suivantes: la 
Turquie cesserait d’entretenir des garnisons dans les prin 
cipautés danubiennes de Moldavie et deValachie, dont l’or 
ganisation intérieure serait réglée sous la garantie collec 
tive des grandes puissances. — La liberté de la navigation 
du Danube serait proclamée. — La mer Noire serait neu 
tralisée, par une sorte d’extension de la convention des 
Détroits de 1841. — Les droits des chrétiens de l’empire 
ottoman seraient confirmés, mais sans aucun préjudice 
pour l’indépendance et la souveraineté du sultan. 
Sauf de légères réserves, le tsar donna son adhésion à ces 
conditions. 
Par suite, un congrès s’ouvrit le 25 février a Paris pour 
la rédaction définitive du traité de paix. Ce fut une très 
imposante réunion, comme il n’y en avait pas eu depuis le 
congrès de Vienne. Le comte Walewski, ministre des 
affaires étrangères, y représentait Napoléon III avec le ba 
ron de Bourqueney. Les plénipotentiaires de l’Angleterre 
étaient lord Clarendon et lord Cowley, ceux de l’Autriche 
le comte de Buol et le baron de Hübner, ceux de la Russie
	        
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