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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
savoir-faire. Lorsqu’on a déjà voyagé dans ces contrées et
qu’en conséquence on s’arrête où on veut, ces étapes sont
tout à fait charmantes.
La chose la plus insupportable de ce voyage est la len
teur qu’il entraîne parfois. Il n'y a pas de route au monde
plus irritante par ses arrêts forcés. Si on se trouve à une
période de pluie, chose fréquente dans la Montana, la route
est détrempée, ravinée, les lits des torrents sont remplis
d’eau, on marche dans la boue jusqu’à mi-jambe delà mule,
qui s’enfonce parfois dans des fondrières d’où on la sort à
grand’peine. On avance entre des arbres tombés qui inter
ceptent le sentier et qui forcent à des escalades ou à des
circuits incessants. A ces difficultés et d’autres plus insi
gnifiantes il faut ajouter des pluies torrentielles qui font
augmenter l’eau des rios, et qui après avoir cessé, lais
sent dans les arbres une quantité d’eau telle que celle-ci
continue à tomber comme si c’était une pluie véritable. Il
n’est guère possible de faire plus de 20 kilomètres par
jour.
Cependant, l’Etat dépense chaque année 90.000 soles
pour l’entretien de la ViaCentral et de ses dépendances.
Malgré ces efforts, tous ceux qui ont suivi cette voie rap
portent que jusqu’aujourd’hui on n’est pas arrivé à l'en
tretenir dans un état à peu près satisfaisant. On rencontre
toujours des ponts détruits ou en mauvais état, les mau
vais passages sonttrès nombreux; mais la majeure partie
des inconvénients signalés proviennent du caractère pro
visoire donné, au début, à la construction de cette route.
Le mauvais état des chemins, le peu de facilités offertes
expliquent les prix élevés des transports par cette voie ;
nous avons dit que le prix de location d’une mule de
Tarma à Puerto Yessup pouvait être de 50 à 70 soles. En
outre, la navigation fluviale est fort incomplètement orga