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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
qu’ils sont armados, c’est-à-dire armés ou cuirassés.
On a pu nier les effets de la coca, mais il ne fait aucun
doute que cette feuille exerce sur l’économie générale une
action spéciale qui a beaucoup d’analogie avec celle des
narcotiques; il est permis de supposer qu’à la manière de
l’opium, ia coca endort les fonctions digestives, car elle
diminue la sensation de la faim et de la soif, d’aucuns
soutiennent qu’elle agit comme excitant, comme le thé et
le café. Les deux opinions sont exactes, car nous avons
reconnu, par expérience personnelle, que la coca ne pro
duit pas les mômes effets en Europe que dans son pays
d’origine, sous l’influence d’un climat et de circonstances
différentes. La mastication de quelques pincées de cocane
nous produit ici qu’une forte excitation nerveuse, sem
blable à celle que nous produirait du café ou du thé pris
à forte dose, mais les fonctions digestives n’étaient pas
troublées, ou interrompues passagèrement, comme nous
l’avions observé sur les hauts plateaux. Peut-être cette
action différente est-elle aussi occasionnée par l’absence
de chaux et de cendre.
Lorsque Pizarre conquit l’empire des Incas, les naturels
faisaient déjà une grande consommation de cette feuille
sur laquelle les conquérants mirent un tribut.
L’usage des feuilles de coca est si considérable dans
toute l’Amérique du Sud, que la consommation annuelle
s’élève à près de 16 millions de kilogrammes, représentant
une somme de 45 millions de francs. Ces feuilles sont
arrivées à être un des produits péruviens les plus recher
chés depuis quelque temps, dans une mesure telle, qu’il
existe actuellement une sorte de trust pour l’achat de cette
feuille. Son marché principal est Hambourg.
La valeur de la coca, rendue à la côte en paniers d’une
vingtaine de kilos, est de 1.0 à 15 soles. Les fronterizos