258 LE PÉROU ÉCONOMIQUE
des feuilles de bananier et voilà une case de terminée
Par le même procédé on fabrique un parquet et des cloi
sons. Le seringueiro qui exploite continuellement la même
estrada peut se construire une habitation plus confortable.
Le défumador, l’endroit où l’on fume le caoutchouc, qui
n’est formé que d’une toiture élevée sur quatre poutres
verticales, est d’une construction plus rapide.
XIY. — Le seringueiro chargé d’une estrada saute de
son hamac le matin de bonne heure, prend son fusil et part
faire sa tournée ; il s’arrête au pied de chaque arbre au
près duquel il a laissé un certain nombre de vases en fer
blanc nommés tejelinas (tigelhina au Brésil); comme outil il
porte une machadinha (1), petite hachette d’un tranchant
de trois centimètres au plus ; à l’aide de cet instrument, il
donne le plus haut possible sur l’hevea un coup sec,
oblique, sans entamer l’aubier, des gouttes de latex perlent
aussitôt sur le fond rose rouge de l’écorce, ces gouttes se
réunissent et coulent en grosses larmes suivant la vigueur
de l’arbre qui, selon sa grosseur, peut recevoir de
quatre à dix incisions, pas plus, si l’on ne veut pas abîmer
l’arbre.
Au dessous de ces incisions qui sont espacées de quinze
centimètres environ, le seringueiro place le godet en fer
blanc dont un bord tranchant s’enfonce dans l’incision et
y reste fixé.
Dans les endroits où l’on ne possède pas de tejelinas,
particulièrement chez les Indiens, on fait des godets en ipa,
sorte de bambou dont on coupe les tubes au-dessous des
nœuds et qu’on adapte à l’incision avec de l’argile. Le se
ringueiro parcourt son estrada, ne perdant pas plus d’une
minute et demie à chaque arbre, et revient à son point de
(1) Ces hachettes doivent être en fer doux, car i’expérience a démontré
que l’acier endommage l’arbre.