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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
XI. — Les pays transatlantiques ne sont pas un dé
bouché pour les commerçants sans position : pour eux, il
n’y a qu’un seul moyen d’occuper leur activité à l’étranger,
c’est d’entrer dans une maison d’exportation européenne,
et d’attendre l’occasion de se faire recommander par elle
à des correspondants d’outre-mer, éventuellement placés
chez eux.
Pour l’armée toujours croissante des prolétaires de
l’instruction, la place manque plus encore. Pour cette
classe si à plaindre de la société et de la civilisation mo
derne, il n’y a de place ni au Pérou ni ailleurs dans les
républiques hispano-américaines. S’il est des cas où cer
taines de ces personnes instruites, tombées du haut de
leur grandeur dans les rangs de la plèbe, ont pu se relever
en Amérique, par leur force de caractère, leur volonté de
parvenir et leurs aptitudes, en se soumettant tout d’abord
à une vie de labeurs et parfois de privations, ce n’est là
que l’exception; la majorité des prolétaires instruits, de
tous les genres, fera beaucoup mieux dans son propre
intérêt de ne pas aller grossir le nombre des déclassés,
déjà nombreux dans les grandes capitales américaines.
Toutefois, on peut dire du Pérou que c’est un pays où ne
sont misérables que les gens qui ne savent pas travailler
ou qui ne le veulent pas. Le Pérou produit des matières
alimentaires en abondance, ce qui fait que chacun, par son
travail, peut gagner assez pour sa subsistance. L'émi
grant qui est prudent dans le choix de l’endroit où il se
fixe, et qui possède un avoir suffisant pour essayer de se
rendre indépendant, peut arriver à ce résultat avec des
ressources plus modestes que dans beaucoup de pays d’Eu
rope.
XII. — Malgré la grande sympathie que nous avons
pour ce pays, il serait exagéré de représenter le Pérou