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y découvrait une menace pour le nouvel Etat, et en second
lieu parce que les théories des physiocrates dont elle était
imbue ne pouvaient admettre la forme de contrainte inhé-
rente au système corporatif. Mais l’erreur de la révolution
française fut de croire que la simple liberté du travail assure-
rait au travailleur une protection suffisante de ses intérêts;
dans la pratique, ce fut le contraire qui arriva et qui devait
arriver. En abolissant, non seulement les anciennes corpora-
tions, mais en interdisant rigoureusement toute nouvelle forme
d’organisation, on en arrivait à livrer les classes laborieuses
à l'exploitation de la nouvelle bourgeoisie capitaliste. La ré-
volution française, pour reconstituer un Etat rigoureusement
unitaire, avait trop détruit, puisqu’elle avait méconnu la né-
cessité de l'existence d’organisations intermédiaires entre
l’Etat et l'individu.
Dans l’ancienne corporation, nonobstant des défauts, il y
avait une sorte de solidarité entre le capital et la main-d’œuvre.
Les lois de la révolution brisèrent entièrement cette solidarité.
Et le dommage qui en résultat fut encore aggravé par l’introdue-
tion des machines et par la naissance de la grande industrie qui
provoqua la concentration des masses ouvrières dans les villes.
C’est alors que commença la lutte des classes ouvrières
pour faire reconnaître leur droit d’association et de grève.
Il en résulta en Angleterre la formation des Trades-unions
et en Allemagne le mouvement des Gewerkschaften. En France,
pendant la monarchie de juillet, les associations ouvrières
furent sévèrement proscrites; après la brève parenthèse de la
république de 1848, qui reconnut aux ouvriers le droit d’asso-
ciation, la politique de répression fut reprise par le Second
Empire. Toutefois, à partir de 1862, le Second Empire adopta
une politique de tolérance administrative à l’égard des asso-
ciations ouvrières, et en 1864 il promulgua une loi qui abolis-
sait le délit de coalition, première étape sur la voie de la re-
connaissance des syndicats ouvriers qui, entre temps, s’étaient
constitués à Paris et dans tous les grands centres industriels.
IT. — LE SYNDICALISME CONTRE L'ETAT.
Le mouvement ouvrier européen entra dans une nouvelle
phase avec le Marxisme. Sous son influence, le parti socialiste
des différents pays prit la direction politique des classes ou-