Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

358  EN  AFRIQUE.  —  LA  QUESTION  DU  NIL  ET  DU  NIGER.
nemi  comme  son  père,  d’autant  plus  qu’ils  lui  refusaient  le
titre  de  négus,  ne  voulait  pas  leur  laisser  les  territoires
cédés  par  le  traité  d’Ucciali.  Ils  auraient  pu,  en  s’accordant
avec  lui,  tenir  en  échec  le  roi  du  Choa  et  dominer  l’un  et
l’autre.  Ils  crurent  fortifier  leur  propre  puissance  en  fortifiant ­
  celle  de  leur  protégé,  et  ils  ne  ménagèrent  pas  le  ras
du  Tigré.  Ils  prirent  Keren  dès  le  2  juin  1889,  Asmara  le
3  août  suivant,  obtinrent  la  défection  de  l’un  de  ses  principaux ­
  chefs,  le  ras  Sebath,  le  menacèrent  aux  frontières  du
Tigré.  Ils  occupèrent  même  un  moment  Adoua,  la  capitale
de  ce  royaume,  le  26  Janvier  1898,  mais  ne  s’y  maintinrent
pas.
Bientôt  ils  s’établirent  sur  la  côte  de  l’Océan  Indien,  se
firent  reconnaître  la  possession  de  la  côte  orientale  des  Somalis, ­
  et  des  conventions  signées  avec  l’Angleterre,  en
mars-avril  1891,  assurèrent  à  son  influence  tout  l’intérieur
du  continent  de  Souakim  à  la  Djouba  sur  l’Océan  Indien,
avec  le  droit  d’occuper  temporairement  Kassala  :  ils  consentaient ­
  par  là  à  jouer  un  rôle  dans  la  guerre  préparée  par
les  Anglais  contre  les  Derviches.  Ils  s’en  acquittèrent  brillamment ­
  quelque  temps  après  :  sous  prétexte  que  les
Derviches  pillaient  sans  cesse  le  pays  des  Beni-Amer,
dont  les  chefs  sollicitaient  l’appui  de  l’Italie,  le  colonel  Arimondi
  marcha  contre  eux,  leur  prit  Agorda  le  22  décembre ­
  1893.  Le  général  Baratieri  arriva  d’Italie  avec  de
nouvelles  forces  et  conduisit  lui-même  l’attaque  contre
Kassala.  Le  7  juillet  1894,  après  de  sanglants  combats,  la
ville  fut  emportée.  C’était  le  premier  échec  sérieux  subi  par
les  Madhisles  :  les  Anglais  jugèrent  le  moment  venu  d’en
profiter  et  se  disposèrent  à  reprendre  l’offensive.
Les  Italiens  possédaient  ainsi  dans  l’Afrique  orientale,
sauf  les  points  de  la  côte  occupés  par  les  Français  et  les
Anglais,  un  bel  empire  colonial,  sur  la  mer  Rouge  et
l’Océan  indien,  avec  de  bonnes  lignes  de  pénétration  vers
l’intérieur,  avec  un  beau  rôle  à  jouer  dans  la  lutte  prochaine
contre  l’empire  musulman  du  Soudan.  Ils  pouvaient  se  réjouir ­
  ;  ils  étaient  au  rang  des  grandes  puissances  coloniales  de
l’Europe.  Crispi  pouvait  se  vanter  d’avoir  rendu  à  son  pays
les  mêmes  services  que  Jules  Ferry  à  la  France  par  l’occupation ­
  de  la  Tunisie  et  du  Tonkin.
Des  difficultés  pourtant  s’étaient  déjà  produites  avec  Ménélik,
  et  elles  s’aggravaient  de  jour  en  jour.  Le  ras  Man-
            
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