DE L'ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Lorsqu’on 1858, le comte Léon Thun, ministre des cultes d’Autriche-
Hongrie, voulut restreindre les droits des réformés, le primat de Hongrie
demanda lui-même, le premier, que la liberté confessionnelle fût respectée.
Dans certains villages, où les protestants sont trop pauvres pour avoir un
temple à eux, on tire un rideau devant le maître-autel de l’église catho
lique, et l’on y célèbre le culte réformé.
— Le clergé est-il influent?
— Non, et sa tolérance est d’autant plus grande qu’il rencontre une
indifférence à peu près complète parmi le peuple.
Je m’informai encore s’il y avait beaucoup de pratiques superstitieuses
parmi les paysans. Le pasteur m’en cita quelques-unes, communes presque à
tous les peuples de l’Europe.
À la fin du siècle dernier, on brûla encore quelques sorcières. Comme la
pluie n était pas tombée de tout l’été, les habitants d’un village, au bord
de la Yag, attribuèrent la sécheresse aux maléfices du démon; les juges
firent saisir toutes les vieilles femmes, et, les ayant conduites à la rivière,
on les jeta l’une après l’autre dans l’eau profonde. Toutes celles qui, au
lieu de surnager comme un morceau de liège, enfoncèrent, furent consi
dérées comme sorcières, repêchées et enfermées dans la prison du comital ,
où elles restèrent le temps nécessaire à T instruction de leur procès. On les
força, à coups de fouet, à se déclarer coupables, et l’on finit par les brûler
vives.
Notre conversation fut interrompue par l’arrivée d’un paysan et d’une
paysanne qui étaient entrés comme nous, sans frapper.
— Mille pardons, me dit le pasteur, mais voici un couple qui est pressé
de demander son divorce : il revient pour la troisième fois.
— C’est donc vous que cela regarde ? fis-je en me levant.
— Un peu. Quand les réformés hongrois veulent divorcer, ils doivent se
présenter trois fois devant le pasteur, qui écoute leurs griefs et leur donne,
au besoin, des conseils; mais si, grâce à son office, les conjoints ne par
viennent pas à s’entendre, il leur délivre une déclaration écrite qu’ils vont
porter au tribunal du comitat, qui prononce en dernier ressort.
En sortant du presbytère, nous passâmes devant le temple, autour
duquel se groupent de jolies maisons blanches, entourées de vignes et de
jardins, alors remplis de fleurs et ombragés de vertes tonnelles.
La maison d’école, qui s’élève à deux pas, ressemble aux autres maisons.
Les garçons et les filles sont réunis dans la même salle, dont les murs
sont décorés de nombreuses cartes de géographie et de tableaux colones
de plantes et d’animaux. L’école, obligatoire pour les enfants de six ans