Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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La  kalada  avait  cinq  ouvertures  dans  lesquelles  on  pouvait  enfermer  a
volonté  les  mains,  les  pieds  ou  la  tête  du  délinquant.  Le  juge  de  Nagy-Korpad
  me  dit  qu’une  vieille  étable  à  porcs  lui  servait  maintenant  de  prison. ­
  Bien  que  les  peines  corporelles  soient  abolies,  il  y  a  encore  des  juges
qui  emploient  le  fouet.  Le  coupable  est  étendu  sur  un  banc,  et  une  traverse
de  bois  lui  maintient  les  jambes  et  les  épaules,  afin  que  les  coups  frappent
d’une  façon  bien  régulière  la  partie  la  moins  noble,  mais  la  plus  sensible  de
b  individu.
Le  juge  de  village  est  élu  chaque  année  par  la  commune.  S’il  refuse  sa
nomination,  il  est  passible  d’une  amende  de  cent  florins.  Le  juge  supérieur,
qui  réside  au  chef-lieu,  est  élu  par  le  comitat;  quant  au  juge  criminel,  il  est
nommé  par  le  roi.  Les  Pandours  ou  gendarmes  ruraux  sont  sous  la  dépendance ­
  immédiate  du  juge  supérieur;  mais  ils  sont  si  mal  payés,  que  dès
qu’on  signale  des  brigands  dans  la  contrée,  ils  déposent  l’uniforme.  On  est
alors  obligé  d’avoir  recours  aux  soldats.
Le  juge  nous  accompagna  au  presbytère,  puis  il  nous  quitta  en  nous
disant  qu’il  nous  rejoindrait  à  la  maison  d’école.  Nous  entrâmes,  et  comme
la  porte  de  la  chambre  de  M.  le  pasteur  était  ouverte,  nous  eûmes  devant
nous  un  de  ces  délicieux  tableaux  d’intérieur,  à  la  manière  de  Gérard
Dow.  Dans  le  calme  demi-jour  d’une  pièce  assez  vaste,  assis  au  fond  d’un
vieux  fauteuil,  les  lunettes  suspendues  au  bout  du  nez  comme  au-dessus
d’un  précipice,  la  tête  de  travers,  les  yeux  clos,  la  bouche  ouverte  en
forme  d  entonnoir,  une  de  ses  mains  sur  le  ventre,  et  de  l’autre  retenant
un  chibouck  éteint,  M.  le  pasteur  faisait  sa  sieste  après  son  premier  déjeuner, ­
  qui  avait  dû  être  plus  copieux  qu’à  l’ordinaire.  Bien  de  doux,  de
reposé,  de  tranquille  comme  cette  chambre,  où  l’on  n’entendait  pas  même
les  mouches  voler,  et  où  un  rayon  de  soleil  rampait  à  terre  comme  un  serpent ­
  d’or.  Un  piano  à  queue,  recouvert  d’un  tapis,  dormait  dans  un  coin
d’un  sommeil  de  cercueil.  M.  L...  se  dirigea  sur  la  pointe  des  pieds  vers
l’instrument,  1  ouvrit,  et  fit  ruisseler  sur  ses  cordes  les  notes  étourdissantes
d’une  valse  viennoise.  M.  le  pasteur  se  réveilla  en  sursaut,  et  ce  fut  de
part  et  d’autre  de  grands  éclats  de  rire.
—  Je  croyais  vous  faire  entendre  la  musique  des  anges  et  vous  plonger
dans  l’extase,  lui  dit  M.  L...  en  continuant  sa  danse  endiablée.
Le  pasteur,  sans  me  connaître,  vint  à  moi  avec  cette  amabilité  hongroise ­
  si  cordiale  et  si  franche,  et  me  fit  asseoir  à  la  place  d  honneur,
sur  le  sofa.
C’était  un  homme  jeune  encore,  à  la  figure  pâle  et  énergique,  aux  \eux
et  aux  cheveux  noirs,  vêtu  à  la  hongroise  d  une  longue  redingote  a  burn
            
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