L’EGYPTE DEPUIS 1850.
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d’une intervention militaire. Il résista. Ils agirent auprès
du sultan, et Abd-ul-Hamid le destitua le 26 juin 1879. Il
dut céder, se retira en Italie, et fut remplacé par son fils
Tewfik.
Le sultan pensa profiter de l’occasion qui venait de lui
être offerte, pour affirmer son autorité suzeraine en Égypte.
Dans le firman d’investiture qu’il accorda à Tewfik-pacha,
il déclara maintenir l’autonomie administrative du pays ;
mais il prétendit limiter avec précision les pouvoirs du
nouveau khédive : les impôts durent être perçus au nom du
sultan, la monnaie frappée à son effigie ; le khédive ne put
nommer aucun officier au-dessus du grade de colonel, cons
truire de vaisseaux cuirassés sans l’autorisation de la Porte ;
en cas de vacance, le sultan se réserva le droit de choisir le
khédive parmi les membres de la famille de Méhémet-Ali.
Le gouvernement français fit opposition à ces prétentions,
qui remettaient en question les avantages consentis à
l’Égypte parles conventions de 1841. Abd-ul-Hamid dut y
renoncer et reconnaître une fois de plus le droit de succes
sion au khédivat par ordre de primogeniture.
On put croire la crise terminée. Tewfik accepta le con
trôle anglo-français, exercé par M. de Blignières, et par sir
Eveling Baring pour l’Angleterre, en remplacement de sir
Hivers Wilson.
Le calme ne dura pas longtemps, les causes de désordre
n’ayant pas disparu et l’intervention européenne étant de
plus en plus impopulaire par son triomphe même. Le
« parti national » égyptien se sentit atteint par la disgrâce
d’Ismaïl-pacha, dont les intrigues ne cessèrent pas malgré
l’éloignement : peut-être espérait-il quelque glorieuse res
tauration par les patriotes de son pays.
Ceux-ci s’agitaient en effet. Les officiers surtout mani
festaient une irritation de plus en plus vive, les contrôleurs
continuant forcément leur politique d’économie ; quelques
colonels, surtout Ahmed Arabi-bey, devinrent les chefs du
mouvement ; ils pétitionnèrent bruyamment pour obtenir
la réintégration dans les cadres des officiers en demi-solde;
la plupart, de race arabe, se plaignaient des faveurs accor
dées de préférence aux officiers supérieurs d’origine circas-
sienne ou turque ; ils rêvaient d’assurer leurs droits en
s’emparant de l’autorité, en reconstituant une sorte d’aris
tocratie militaire semblable à la milice des beys mameluks,
en supprimant au besoin le khédivat s’il était impuissant à