LA DÉCADENCE DE L’INDUSTRIE A DOMICILE
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désavantages de cette forme de production résultant du
manque d’intégration dans sa lutte avec la fabrique,
1°) au point de vue du rendement, 2) au point de vue
de la qualité.
Le rendement. Premièrement, la décomposition du
travail est difficile à réaliser dans l’industrie à domicile.
Elle n’est pas impossible, comme de nombreux exemples
nous le montrent. Ainsi, dans l’industrie armurière,
une bascule, avant d’être terminée passe par dix mains ;
la décomposition du travail est poussée très loin.
Mais, alors que dans la fabrique, les ouvriers
forment comme une chaîne vivante, où l’objet passe de
main en main, dans l’industrie à domicile cette cohé
sion n’existe pas.
Il suffit de lire la description de l’industrie armu
rière qne nous donne Ansiaux, pour s’en convaincre.
« Qu’on y songe donc, dit-il, le canon fabriqué dans la
vallée de la Vesdre ou à Jupille doit être remis d’abord
au fabricant d’aimes de Liège. L’ouvrier-garnisseur
vient ensuite le chercher auprès de ce dernier, le porte
au banc d’épreuves pour la première fois, va l’y re
prendre, le garnit, le fait réforer et éprouver une
seconde fois pour le réintégrer ensuite chez le fabri
cant, lequel s’est fixé en général, assez loin du quartier
Saint-Léonard où habitent les garnisseurs. Le canon
garni, c’est au tour du recoupeur-basculeur de Herstal,
(1) La différence entre le travail loué (Lohnwerk de Bûcher, voir
“ Etudes d histoire, etc. 1901, p. 129 n) et l’industrie à domicile, consiste
en ce que dans cette dernière l’individu donnant des objets à façonner
n’est pas un consommateur, mais un commerçant qui les revend après,
(voir Liefmann, Ueber Wesen und Formen des Verlags, 1. c. p. 52).