102 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
des grandes fortunes de Rothschild, Krupp, etc., mais
une analyse économique d’ensemble fait défaut.
La première question que nous nous posons dans
l’étude de ce problème, est celle de savoir si le capital
industriel de la Belgique provient, comme Marx le
suppose pour l’Angleterre, des capitaux accumulés par
l’usure et le commerce pendant les siècles précédents (1).
Pour la Belgique, une telle supposition ne se justifie
pas. Des grandes richesses accumulées, pendant l’âge
d’or de la Flandre et d’Anvers, il ne restait rien à la
fin du XVIII e , au moins sous forme de capital com
mercial. Bruges au XV e siècle (2), Ypres, Courtrai et
Gand au XVI e siècle, étaient déjà en pleine décadence (3).
Anvers avait perdu toute son importance commer
ciale. « Le nom d’Anvers, écrit en 1802 le préfet du
Département des Deux Nèthes, rappelle l’idée du com
merce ; mais c’est moins par son existence actuelle que
par ce qu’elle fut, et ce qu’elle peut être, que cette
ville doit tenir au rang dans les fastes du monde
commerçant. Avant que la France eût brisé les chaînes
de l’Escaut, les Anversois, privés de naviguer sur
leur fleuve, étaient réduits à faire un chétif négoce
de commission pour ceux qui voulaient leur consigner
des marchandises » (4).
« Le port, continue-t-il, n’a pas jusqu’à présent un
(1) Karl Marx : Das Kapital, 5 e Aufl. Band. 5. S 715.
(2) H. Pirenne : Histoire de Belgique. Bruxelles, 1907, T. III, p. 21S as.
(3) Ib. p. 225 ss.
(4) d’HERBOUviLLE : Statistique du Département des Deux Nèthes. Pa
ris, An X. p. 59.