LES CAUSES DE LA DÉCADENCE DU MÉTIER
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Avec l’évolution du capitalisme, des directeurs com
merciaux, des comptables, des correspondants, des cal
culateurs, des vendeurs et acheteurs, des ingénieurs et
dessinateurs, des modeleurs et artistes, des chefs de
réclame, des chimistes, des secrétaires, etc., dont les
fonctions étaient remplies jadis par un seul artisan,
parurent en scène, englobés dans un organisme nou
veau, la fabrique.
Si nous tachons maintenant de caractériser cette
transformation, que nous venons de décrire dans ses
grandes lignes, nous dirons qu’elle comprend à la fois
une intégration et une différenciation. La décadence
du métier et le développement de la fabrique ne sont
qu’une forme de cette loi universelle d’évolution qui
consiste, suivant Spencer, dans le passage d’une honw-
génété indéfinie, incohérente (les artisans cordonniers
d’un pays, par exemple) à une hétérogénéité définie
cohérente. (1) (la fabrique de chaussures). C’est la
marche que suivent les existences sensibles, individuel
lement et dans leur ensemble, durant la période ascen
dante de leur histoire.
Dans un ouvrage de philosophie ou de sociologie généra
le, cette constatation suffirait peut-être à prouver la
supériorité de la fabrique et son triomphe logique sur
le métier.
Pour nous, économiste, elle n’est qu’un point départ.
Il s’agit de voir maintenant quels sont les avanta
ges de cette différenciation et de cette intégration
pour la fabrique dans sa concurrence avec le métier.
(1) Herbert Spencer: Les premiers principes. Paris, 1901, p. 385.