LES CAUSES DE LA DÉCADENCE DU MÉTIER
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clientèle assurée, aussi longtemps que ses concurrents
n’étaient que des artisans, sa situation n'était pas
mauvaise. Il pouvait fixer les prix approximativement,
il pouvait même commettre sans grand danger des
erreurs de calcul ; le gain par pièce était assez grand
pour le permettre.
Mais le rationalisme économique apparut procla
mant un principe nouveau de vente, qui disait qu’il
faut gagner peu sur la pièce et beaucoup sur la masse
des produits fabriqués. Le calcul commercial, l’établis
sement d’un prix de revient sont devenus la base de
la production. On a dû se conformer aux conditions
nouvelles et devenir un parfait commerçant.
L’artisan ne possède pas et ne peut pas posséder
les connaissances spéciales pour fixer les prix à quel
ques centimes près. Il lui est impossible d’appliquer
les principes de l’arithmétique commerciale. L’enquête
du Verein fiïr Sozialpolitik en relève des exemples
nombreux.
Voici par exemple ce que nous y lisons à propos
de l’industrie du métal à Berlin : « L'adjudication né
cessite un calcul commercial exact des prix et une
connaissance de l’offre et de la demande. Sous ce
rapport, l'artisan n’est pas de force à se mesurer avec
les propriétaires des grandes entreprises. Si des éta
blissements d’artisans, possédant des capitaux, suc
combent, il faut l’attribuer à cette cause » (1). Menold
dit à ce même sujet, en parlant du développement
(l) \V. Sombart : Der moderne Kapitalismus. 1. c, v.II, p. 465.