Full text: L'évolution industrielle de la Belgique

276 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE 
ne peut pas disposer de ces procédés rigoureux ; qu’elle 
est livrée presqu’entièrement à la plus ou moins grande 
habileté des ouvriers qu’elle emploie et se trouve ainsi 
presque fatalement rivée aux méthodes traditionnelles 
et routinières. 
C’est à tort qu’on attribue souvent au travail à la 
main des qualités inaccessibles à la machine. Les 
broches, mues toutes à la fois par un moteur unique, 
ont remplacé les doigts des fileuses flamandes. Les 
dentelles sont si bien imitées qu’un des premiers fa 
bricants belges de dentelles à la main, après avoir vu 
à l’exposition de 1900 les imitations de St Gall, les 
qualifiait d’admirables (1). Les batistes les plus fines 
sont tissées en Silésie et en Angleterre, sur des métiers 
mécaniques à marche excessivement lente (2), En Suisse, 
la broderie sur linge se fait à la machine (3). 
Mais dans la production d’objets d’art, il ne s’agit pas 
seulement de finesse, il faut aussi du goût.La mobilité ex 
trême de goût a nécessité, comme nous l’avons vu (p.183ss.) 
la différenciation d’organes industriels spéciaux. Le 
succès d’une maison dépend souvent du modèle que ses 
artistes ont créé. Pour réussir, il faut le tenir secret, 
il faut empêcher qu’il soit dérobé par les concurrents. 
Qua de précautions sont prises par les Worth et les 
Pacquin pour que la nouvelle mode, lancée un jour 
de courses ou à une première de théâtre ne soit pas 
connue trop tôt ! 
(1) Office du travail Ind. à dom. v. IV. p. 275. 
(2) Ib. v. II, p. 73. 
(3) Ib. v. VIII, p. 32.
	        
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