294 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
Ce qui aggrave souvent la situation économique de
l’ouvrier à domicile et la rend plus triste, c’est la né
cessité d'avoir son propre matériel de travail. Ainsi,
dans la cordonnerie, la piqueuse a la charge d’une ma
chine qui lui coûte 225 à 250 francs (1).
La gantière reçoit de l’entrepreneur, pour lequel elle
travaille, une machine à coudre. Suivant les usages,
elle doit entretenir l’outillage dont elle se sert. Lors
que le patron remet une machine déjà usée, le moindre
effort amène le bris de pièces, dont le remplacement
peut coûter 6 à 8 francs. Pour l’ouvrière, cette dépense
représente une semaine de travail (v. III, p. 127).
Dans la corderie, les frais d’acquisition et d’entretien
du matériel constituent la grosse part des dépenses
incombant au cordier (2'.
Le coutelier paie pour l’usage des moteurs mécani
ques, servant au polissage et aiguisage, une redevance
de 3 francs par jour pour l’aiguisage et de 2.50 fr. pour
le polissage. La fourniture des roues reste à sa charge,
de même que la réparation des outils qui sont four
nis par lui (v. I, p. 343-345).
Les frais et fournitures qui sont à charge de l’ouvrier
à domicile diminuent beaucoup son salaire nominal.
Dans l'industrie de la chaise, la matière première
employée pour le polissage reste à charge de l’ouvrier,
qui paie de ce chef quelques centimes par chaise. De
son côté, l’ouvrière doit acheter la paille avec laquelle
(1) lb. v. II, p. 259
(2) Ib. v. VIII, p. 115.