LES MODES SOCIALISTES 4
quoique les économistes croient l’y découvrir sous la for-
mule équivoque à chacun selon les services rendus, Il faut
donc chercher quelque autre principe de répartition. On en
a proposé trois.
$,1. — A chacun selon ses besoins.
Ce principe suppose que les richesses seront surabondantes
ou bien que chacun des convives assis à cette table
commune se servira avec discrétion, comme les gens bien
élevés autour d’une table d’hôte. Or malheureusement, la
première hypothèse et même la seconde sont purement
utopiques. Sans nier le fait, les socialistes communistes
répliquent que si présentement les richesses sont insufl -
santes, la faute en est précisément au régime de propriété
mais que sous un régime communiste les richesses se mul-
tiplieraient en telle abondance que, comme pour l’eau des
sources, on n’aurait qu’à y puiser librement, à « prendre au
tas».
Rien ne justifie ces imaginations : tout porte à croire, au
contraire, que la quantité de richesses sera toujours en
quantité insuffisante pour nos besoins ou nos désirs, d'autant
plus que, en vertu d’une loi psychologique partout vérifiée
(voir, p. 42), ceux-ci grandissent en raison des facilités que
nous trouvons à les satisfaire. Donc, la prise au tas est
impossible et c’est le rationnement qui s’imposera. Or si la
guerre actuelle nous a appris à pratiquer ce régime, elle ne
nous l’a pas fait goûter.
Et nous avons appris combien, pour faire fonctionner ce
système égalitaire, il fallait de règlements, de contrôle, de
sanctions, et combien il comportait de fraudes.
Néanmoins, le système communiste a été réalisé, et même
assez fréquemment, et il serait inexact de dire qu'il ait
toujours échoué. Mais les expérimentations confirment ce
que nous vénons de dire : c’est que là où le communisme
paraît réalisable c’est sous des conditions qui sont précisé-
ment l’inverse de l’idéal libertaire.
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