bi G. V. PLÉKHANOV
solutions très unilatérales et, partant, fort peu satisfaisantes.
Prenons, par exemple, Xénophane. Selon Eleuthéropoulos,
Xénophane fut, en philosophie, l’interprète des aspirations
du prolétariat de la Grèce antique. C’est le Rousseau
de son époque (*). Il était partisan d’une réforme
sociale dans le sens de l’égalité de tous les citoyens, et
sa théorie de l’unité du monde n’était que la base théorique
de ses projets de réformes (**). Sur cette base théorique
des tendances réformatrices de Xénophane venaient logiquement
s’édifier tous les détails de sa philosophie, à commencer
par sa conception de la divinité, pour finir par sa
théorie selon laquelle nos sens nous donnent une représentation
illusoire du monde extérieur Ce)
La philosophie d’Héraclite l’Obseur avait été engendrée
par la réaction des aristocrates contre les aspirations révolutionnaires
du prolétariat grec. L’égalité universelle est
impossible ; la nature elle-même fait les hommes inégaux,
Chacun doit se contenter de son sort. Dans l'Etat, il faut
tendre non pas à renverser l’ordre établi, mais à supprimer
l’arbitraire, possible aussi bien sous la domination de quelques-uns
que sous celle de la masse. Le pouvoir doit appartenir
à la loi, dans laquelle la loi divine trouve son expression.
La loi divine n’exclut pas l’unité ; mais l’unité conforme
à cette loi est l’unité des antagonismes. C’est pourquoi
la réalisation des plans de Xénophane serait une
infraction à la loi divine. En développant cette pensée et
en l’appuyant d’autres arguments, Héraclite a créé sa doctrine
dialectique du devenir (****).
Voilà ce que dit Eleuthéropoulos. Le manque de place
ne nous permet pas de produire d’autres échantillons de
l’analyse qu’il fait des causes ayant déterminé l’évolution
de la philosophie. Mais il n’y a guère nécessité à le faire.
Le lecteur, nous l’espérons, voit lui-même que cette analyse
est peu réussie. En réalité, le processus de l’évolution des
idéologies est incomparablement plus complexe (*****), En
(*) Wirtschaft und Philosophie, t. I, p. 98.
[**) Fbid., p- 99.
(°**) Ibid, p. 99-101.
{11 *) Ibid, p 103-107,
("7***) En outre, se référant à l’économie de la Grèce antique,
Eleuthéropoulos n’en donne aucune idée concrète et se borne à des
lieux communs qui, ici comme ailleurs, n’expliquent rien.
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