PRÉFACE
indispensables à l'historien lui restent inaccessibles, quoique leur
publication ne puisse présenter bien souvent aucun inconvénient.
Tant que l’état d’esprit né de la guerre pesait ainsi sur nos recherches
et risquait de les entraver pendant bien des années encore, il fallait
découvrir quelque autre solution.
Heureusement cette sclution a pu se trouver grâce aux souvenirs
et aux impressions personnels, appuyés d’ailleurs sur des documents
dignes de foi, de ceux qui au cours de la guerre ont participé à la direc-
tion des affaires ou qui, simples observateurs, mais favorablement
placés, ont pu recueillir de première ou de seconde main une connais-
sance précise de certaines phases de la guerre et de leurs conséquences
sociales. C’est ainsi qu’a pu être établi le plan d’une série de mono-
graphies historiques ou descriptives où les faits seront exposés, non à
titre officiel, mais néanmoins de source autorisée, monographies qui
se classent à mi-chemin entre le type des mémoires personnels et celui
des rapports officiels. Ces monographies constituent le principal de
notre œuvre. Elles ne sont pas limitées aux faits de guerre ni même à
ses suites immédiates, car l’histoire de la guerre se prolongera longtemps
après que celle-ci aurà pris fin. Elles doivent embrasser aussi la période
de « déflation » au moins assez pour permettre de se faire, sur les per-
turbations économiques dues à la guerre, un jugement plus sûr que ne
le permettrait le seul examen des faits immédiatement contempo-
rains.
Avec cette nouvelle phase du travail, la tâche des directeurs a pris
un nouveau caractère. Le plan des monographies a dû être compris en
raison des collaborateurs disponibles plutôt qu’en raison des matériaux
existant, comme c’est le cas dans la plupart des histoires, car les sources
étaient aux mains des collaborateurs eux-mêmes. Ceci, à son tour
impliquait une nouvelle attitude à prendre en face du double idéal
d’exactitude et d’objectivité auquel doit toujours tendre l'historien.
Pour permettre à chaque collaborateur de donner toute sa mesure,
il fallait éviter de l’enfermer dans le cadre d’un programme trop rigide :
il fallait prévoir que les mêmes faits seraient présentés sur des plans
différents et vus sous des angles variés, et que des événements y seraient
compris qui ne rentrent pas strictement dans les limites de l’histoire.
Il ne fallait même pas vouloir obtenir partout une stricte objectivité.
On ne pouvait empêcher une certaine partialité, née des nécessités de
la controverse et de la défense. Mais cette partialité même est dans
bien des cas une partie intégrante de l’histoire, les appréciations des
faits par les contemporains étant aussi instructives que les faits mêmes
sur lesquels elles portent. D’ailleurs le plan, dans son ensemble, est éta-
bli de façon que les monographies d’un même pays se contrôlent mutuel-
VIII