CHAPITRE PREMIER
Les caractères essentiels de la Belgique
au point de vue économique
Pour comprendre la nature et l’étendue du problème du chômage
en Belgique pendant l’occupation allemande, il est nécessaire de se
rappeler les caractères de l’économie belge avant la guerre.
Petit pays, la Belgique représentait, en territoire, la dix-huitième
partie de l’Allemagne ou de la France, la dixième du Royaume-Uni,
la deux cent soixante-huitième partie des Etats-Unis d’Amérique.
La plus grande longueur du pays, du nord-ouest au sud-est ne dépasse
pas 285 kilomètres : du nord au sud, la plus grande largeur est de
175 kilomètres ; en quatorze jours, l’armée allemande, malgré l’arrêt
subi à Liége, occupait la capitale, au centre du pays.
Au moment de l’invasion, la population belge comptait sept mil-
lions et demi d’habitants : exactement 7.423.783 d’après le recense-
ment du 31 décembre1910 et 7.638.757 d’après la population calculée
au 31 décembre 1913. Comme points de comparaison, nous dirons
que les Allemands étaient à peu près neuf fois plus nombreux, les
Français cinq fois, les Anglais six fois, et les Américains des Etats-
Unis vingt-deux fois.
Mais, si l’on s’en tient à la densité de la population, la Belgique
occupait la première place, avec 252 habitants par kilomètre carré,
tandis que l’Allemagne n’en comptait que 120, la France 70, le
Royaume-Uni 144, et les Etats-Unis 12.
Cette population, si serrée sur son territoire, n’y vivait cependant
point malheureuse, puisque l’émigration était nulle (en 1913, il y
avait eu 41.324 départs contre 45.506 entrées), et que depuis 1860,
les immigrations étaient constamment supérieures aux émigrations.
En outre, les étrangers aussi trouvaient le moyen d’y vivre et d’y
rester, puisqu’au recensement de 1910, on en comptait 28.242 à
demeure.
Si la natalité y suivait la pente de la dégression qu’elle suit danse
tant d’autres pays d’Europe et d’Amérique, il n’en est pas moins