LE COMITÉ NATIONAL 19
des Etats étrangers et du Gouvernement belge ne doit jamais être
perdue de vue pour saisir les particularités et les difficultés de son
fonctionnement.
L’armée allemande, en vertu de l’occupation de fait du territoire,
y exerçait les pouvoirs reconnus par les lois de la guerre sur terre,
d’après les usages internationaux et les conventions, dont la dernière,
signée et ratifiée par l’Allemagne, était la convention de La Haye
du 18 octobre 1907. D’après l’art. 43 du Règlement annexé à cette
convention, «l’occupant doit prendre toutes les mesures qui dépen-
dent de lui en vue de rétablir et d’assurer, autant qu’il est possible,
l’ordre et la vie publics ». Cette obligation renfermait à coup sûr
celie d'assurer le ravitaillement du pays : comment la vie publique
eût elle été possible si la population n’était pas alimentée ? Toutefois,
dès le début, il fut visible que cette charge était au-dessus des forces
et'de la volonté de l’Allemagne. Le blocus qui l’encerclait l’obligeait
à réserver ses propres ressources pour sa population, et l’empêchait
de se procurer des quantités énormes de vivres à l’étranger. Or,
la Belgique, nous l’avons vu, concentrait sur son territoire une popu-
lation très dense dépendant pour sa nourriture, en grande partie,
des pays exotiques.
Elle eût été condamnée à mourir de faim si le Comité National
n’avait pu fournir aux Alliés et tout particulièrement à l’Angleterre
l'assurance que les vivres importés ne seraient pas donnés ou vendus
aux Allemands. Cela n’était possible que si l’administration du Comité
était réellement indépendante du pouvoir occupant, et en outre,
sous la surveillance des puissances neutres. Des négociations qui
eurent lieu en 1915 entre les Gouvernements de ces puissances, le
Gouvernement belge, l’Angleterre, et les Allemands, est sorti ce
régime spécial des garanties formant ce qu’on a appelé la charte du
Comité National et qui achève d’en faire une institution unique :
d’une part les Allemands s’engageaient à ne pas entraver les opéra-
tions de ravitaillement du Comité, et à ne pas détourner de leur
destination les vivres importés ; d’autre part, les ministres des puis-
sances neutres, restés à Bruxelles, — M. Brand Whitlock, ministre
des Etats-Unis, le Marquis de Villalobar, ministre d’Espagne, puis,
quand les Etats-Unis devinrent belligérants, M. Van Vollenhoven,
ministre des Pays-Bas — devinrent les protecteurs reconnus de la
population belge. C’est eux qui étaient sensés les dirigeants du Comité
National. Comme dit le Rapport Général du Comité (p. 35) : « Les
Belges furent en quelque sorte les mandataires des ministres des
puissances neutres : ils agissaient d’après les instructions de ces
derniers et sous leur responsabilité. Ainsi s’explique la liberté dont