LE CAPITAL 143
le jour où cette révolution se produira, le capital engagé
dans le tunnel n’a pas été encore amorti, il en résultera qu'une
grande quantité de travail aura été inutilement dépensée. Il
est donc prudent, étant donnée notre incertitude de l’avenir,
de ne pas bâtir pour l’éternité et, à ce point de vue, l'emploi
de capitaux trop durables peut constituer une dangereuse
opération.
Cette réserve est vraie même pour les capitaux lucratifs,
Jamais un particulier ni une banque ne consentiront à
avancer des capitaux qui ne pourraient être amortis ou
remboursés qu’au bout de deux siècles. Pourquoi ? Parce
que des résultats qui ne doivent se produire qu'au bout d’un
si long temps n’entrent pas dans les prévisions humaines.
On peut poser en fait que tout emploi de capital qui ne
donne pas l’espoir de le reconstituer au cours de trois géné-
rations, doit être écarté dans la pratique.
Comment se forme le capital.
A cette question la sagesse populaire et aussi la plupart
des économistes répondent : par l'épargne. Mais qu'est-ce que
cela veut dire puisque nous savons et avons répété à
maintes reprises que tout capital étant un produit ne peut
être formé, comme tout produit, que par les deux facteurs
originaires de toute production : le travail et la nature ? Il
suffit de passer en revue tous les capitaux que l’on peut
imaginer, outils, machines, travaux d’art, matériaux de
toute catégorie, pour s’assurer qu’ils n’ont pu avoir d’autre
origine que celle que je viens d'indiquer.
Alors, qu'est-ce que ce nouveau personnage qui apparaît
sur la scène ? — Serait-ce un troisième facteur originaire de
la production que nous aurions oublié? Certains écono-
mistes l’ont affirmé, notamment l’anglais Senior. Il appelait
l'épargne l’abstinence, afin de lui donner une personnalité
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