144 PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
plus marquée (et aussi de lui créer des mérites spéciaux
lorsque sonnerait l’heure de la répartition), et, très logique-
ment d’ailleurs, dans l’énumération des trois facteurs origi-
naines de la production, il remplaçait le capital par sa cause
et disait : ces trois facteurs sont la Nature, le Travail et l’Abs-
tinence. Et tous ceux qui aujourd’hui encore déclarent que
le capital est le fruit de l'épargne, devraient adopter cette
même terminologie.
Mais elle serait irrationnelle. On ne conçoit pas comment
un acte purement négatif, qu’on l’appelle l’abstinence ou
l'épargne, en tout cas qui n’est qu’une simple abstention,
pourrait produire n'importe quoi. Montaigne a beau dire qu’il
«ne connaît pas de faire plus actif et plus vaillant que ce
non-faire », cela peut être vrai au point de vue moral, mais
cela n'explique pas que ce non-faire puisse créer seulement
une épingle. Produire est un acte positif, non négatif.
Que veut-on dire donc quand on dit que le capital est créé
par l'épargne ? Tout simplement que si la richesse était con-
sommée au fur et à mesure qu’elle prend naissance, le capital
ne se formerait jamais. Il est évident, en effet, que si la fer-
mière ne laissait pas d’œufs dans le poulailler pour faire
couver, il n’y aurait jamais de poulets. Néanmoins, si à un
enfant qui demanderait d’où viennent les poulets on répon-
dait que le seul moyen de produire des poulets est de
s'abstenir de manger des œufs, il serait en droit de consi-
dérer cette réponse comme un bon conseil certes, -mais
comme une sotte explication.
Or, le raisonnement qui fait de l'épargne la cause origi-
naire de la formation des capitaux est tout pareil. Il revient
à dire que la non-destruetion doit être classée parmi les
causes de la production. Disons simplement que l’épargne est
une condition de la formation du capital, en ce sens que si la
richesse produite est consommée au jour le jour pour la
satisfaction des besoins immédiats, il est évident qu’il n’en
restera point de disponible pour prendre une avance et pour
se donner le temps, par exemple, de fabriquer des instru-
ments. Disons que si l’homme, tout comme la fourmi d’ail-
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