COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION ‘
ou du moins des marchés solidaires, comme des vases com-
muniquants, pour que l’équilibre, sitôt troublé, s’y rétablisse
quasi instantanément. — Or, si l’on peut admettre que le
monde économique tende vers cet état, il faut avouer qu’il
est loin encore de l’avoir réalisé. En effet, toute production
agricole ou industrielle suppose des capitaux engagés pour
un temps plüs ou moins long (voir ci-dessus Capilaux fixes
et circulants) et qui, par le fait même «qu’ils sont devenus
« fixes », cessent d’être mobiles. On dit aux viticulteurs, en
France, qu’ils produisent trop de vin et qu'il faut faire
« autre chose » ; et il est probable, en effet, que la loi de
l’offre et de la demande — ne füt-ce que la concurrence des
vins d’Algérie — les y contraindra tôt ou tard. Mais que faire
des milliards de capitaux enfouis dans la terre sous forme
de plantations et de celliers ?
Ce n’est pas tout. Là même où la loi de l'offre et de la
demande agit pleinement, elle n'est nullement «’harmo-
nique », au sens que lui donnait Bastiat, car n'oublions pas
que la valeur n’a aucune relation avec l’utilité au sens vul-
gaire et normatif de ce mot. Elle distribue les productions et
les professions non en raison des vrais besoins des hommes
mais de leurs désirs et du prix qu'ils veulent ou peuvent
mettre à les satisfaire (voir ci-dessus, p. 69).
Il en résulte que les fonctions les plus utiles, telles que
celles de l’agriculture, tendent à être délaissées, alors que
les plus improductives, par exemple celle des boutiquiers
dans les villes, pour ne pas parler de tant de fonctions
publiques parasitaires, sont ridiculement multipliées. Est-il
besoin de rappeler que le nombre des débitants de boissons
alcooliques en France s'élève au chiffre invraisemblable de
près de 470.000, soit environ 1 par 24 hommes adultes, tandis
que le nombre des laboureurs ne cesse de diminuer ?
D’autres professions, comme celles des médecins, ont un
effectif qui serait suffisant, s’ils étaient mieux répartis, mais
ils sont presque tous concentrés dans les villes où beaucoup,
faute de clients, sont réduits pour vivre aux pires expédients,
et il n’en reste qu’un nombre insuffisant pour la population
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