PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
rurale. À Paris, la répartition des médecins par quartiers
révèle assez éloquemment que leur nombre est en raison
non du nombre des malades mais du taux du profit. Dans les
quartiers riches des VirI° et Ix° arrondissements, tels que
ceux de la'Madeleine, Champs-Flysées, on compte un méde-
cin pour 94 ou 131 habitants. Dans les quartiers pauvres de
l’Ouest et Sud, seulement 1 médecin pour 3.000 ou 6.000 ha-
bitants, 30 fois moins; et enfin dans le quartier de Saint-Far-
geau (xx® arrond.), 1 médecin pour 17.772 habitants, 170 fois
moins ! Voilà comment la libre concurrence sait adapter les
services aux besoins. Dira-t-on que les pauvres ont moins
besoin de médecins que les riches (1)!
Enfin, n’oublions pas que «la demande » ne vient pas
directement des consommateurs, mais des intermédiaires,
des commerçants et spéculateurs (2), que c’est une demande
fondée moins sur des besoins réels et présents que sur des
besoins qui ne se réaliseront peut-être pas ; il ne faut donc
pas s'étonner s’il y a surproduction ou, à l’inverse, si la
production reste au-dessous des besoins. C’est ce que nous
verrons tout à l’heure au chapitre des Crises.
De la concurrence.
La loi de l’offre et de la demande implique, pour pouvoir
pleinement fonctionner, deux conditions : 1° liberté pour
chacun de produire et de vendre ce que bon lui semble;
2° liberté pour chacun de vendre au prix que bon lui
semble, ou du moins au prix qu’il peut obtenir.
(1) A propos d'une épidémie de petite vérole qui éclata en Bretagne (janv.
1893). les journaux ont signalé ce fait qu'il ne s'est pas trouvé un seul méde-
ein à 15 kilomètres à la ronde.
(2) Il n’en faut pas conclure, comme on se hâte parfois un peu trop de le
faire, que la spéculation, c’est-à-dire le fait d'anticiper sur des événements
futurs, soit nécessairement un mal. Au contraire, le spéculateur qui achète en
prévision de la disette et vend en prévision de l'abondance peut exercer une
action régulatrice très bienfaisante. Mais enfin la spéculation se trompe sou-
vent. surtout quand elle devient un.jeu.
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