176 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
s'étaient succédées à des intervalles presque réguliers de dix
ans. Voici leurs dates :
1815 1857
1827 1866
1836 1873
1847 1882
Et si Stanley Jevons, mort en 1882, avait vécu plus long-
temps, qu’elle n’eût pas été sa joie de voir les deux dernières
crises du siècle reparaître juste à la date prédite, l’une en
1890, l’autre en 1900! Une telle régularité peut-elle être
attribuée au hasard et ne suggère-t-elle pas l'idée de quelque
cycle astronomique ? En effet, c’est vers le ciel que Jevons
leva les yeux pour y chercher l’explication, et il crut l’avoir
trouvée dans la périodicité des taches du soleil. On croyait
alors que les maxima et les minima de ces taches se repré-
sentaient à peu près tous les dix ans. Mais quel lien pouvait-
il avoir entre les taches du soleil et les crises ? C’est que ces
variations dans l’intensité du rayonnement solaire se réper-
cuteraient sur la terre en bonnes ou mauvaises récoltes,
lesquelles, à leur tour, détermineraient les crises. On voit
que rien ne manque à ce roman cosmogonique.
Mais ce n’est qu’un roman. Et même en ce qui concerne la
périodicité décennale des èrises, le xx° siècle est venu
donner un démenti à la prétendue loi, car la première crise
est survenue en 1907.
L’explication astronomique des crises étant abandonnée,
reste à en trouver une autre. Les économistes n’ont pas été
en peine : ils en ont donné d’innombrables. Un auteur alle-
mand, M: Bergmann, en 1895, en comptait 230 et on en a
trouvé d’autres depuis. On peut même dire que le nombre
en est illimité. Car étant données la complexité et la solida-
rité de tous les phénomènes économiques, il suffit que l’un
d'eux se trouve enrayé, de même que l'un des rouages d’une
montre, pour que tout le mécanisme se trouve détraqué :
au, si l’on préfère une comparaison physiologique, qu'un
organe soit lésé pour que tout l’organisme soit souffrant.
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